À Anglès, dans le Tarn, le rendement du réseau d’eau potable est passé d’environ 30 % à près de 80 % en trois ans de travaux. Ce village d’environ 500 habitants a investi 500 000 euros, financés aux quatre cinquièmes par l’Agence de l’eau et le Département.
Ce retour d’expérience est publié par Aquagir, la plateforme de partage d’expériences sur l’eau éditée par la Banque des Territoires. Il intéresse de nombreuses petites communes, car les fuites restent l’un des premiers défis des services d’eau ruraux.
Quel était le problème à Anglès ?
Anglès est un village de la Montagne Noire, dans le Tarn. La fiche Aquagir compte 517 habitants en 2022. La commune puise son eau dans la rivière Arn, puis la traite et la distribue.
Or, avant les travaux, seule environ 30 % de l’eau pompée arrivait réellement aux robinets. Autrement dit, sur 10 litres produits, 7 se perdaient dans des canalisations vieillissantes.
Ce niveau de pertes avait plusieurs conséquences. D’abord, la commune pompait et traitait beaucoup plus d’eau que nécessaire. Ensuite, elle risquait des pénalités, car la loi impose un niveau minimal de rendement.

Comment se calcule le rendement du réseau ?
Le rendement compare deux volumes. Il s’agit du volume d’eau consommé par les usagers, d’une part, et du volume d’eau produit ou acheté par le service, d’autre part. Plus le chiffre est haut, moins le réseau perd d’eau.
Par exemple, un rendement de 80 % signifie que 8 litres sur 10 parviennent aux abonnés. À l’inverse, un rendement de 30 % révèle des fuites massives, souvent invisibles car l’eau s’infiltre directement dans le sol.
Quelles actions la commune a-t-elle menées ?
La commune n’a pas commencé par les travaux. En effet, elle a d’abord consacré environ deux ans aux études, de 2020 à 2022. Elle a fait appel à un bureau d’études en 2021 et a élaboré un schéma directeur d’eau potable.
Ensuite, le chantier s’est déroulé en plusieurs étapes, de 2022 à 2025 :
- remplacement de canalisations sur des centaines de mètres, à partir de 2022 ;
- pose de compteurs de sectorisation en 2024, pour repérer plus vite les zones de fuite ;
- remplacement des vieux compteurs ;
- suppression des dernières canalisations en plomb.
La sectorisation est un point clé. Grâce à des compteurs placés sur chaque secteur, le service voit tout de suite si un quartier consomme anormalement la nuit. Il peut donc intervenir plus tôt.

Combien ont coûté les travaux et qui a payé ?
Le coût total des travaux atteint 500 000 euros, selon la fiche Aquagir. Deux financeurs publics ont apporté l’essentiel de la somme.
| Financeur | Montant |
|---|---|
| Agence de l’eau Adour-Garonne | 250 000 € |
| Département du Tarn | 150 000 € |
| Reste à la charge de la commune (calcul de la rédaction) | 100 000 € |
| Total des travaux | 500 000 € |
Par ailleurs, la fiche précise que le schéma directeur et la maîtrise d’œuvre ont été financés à 80 %. Enfin, le prix de l’eau à Anglès reste de 1,80 euro par mètre cube, sans hausse depuis 2008, d’après la même source.
Quels résultats pour le rendement du réseau d’Anglès ?
À la fin des travaux, le rendement du réseau atteint près de 80 %. La commune a donc plus que doublé la part de l’eau qui arrive aux habitants.
Toutefois, la fiche donne des ordres de grandeur, sans volumes en mètres cubes ni indice de pertes détaillé. Ces chiffres permettent donc de mesurer le progrès, mais pas de le comparer finement avec d’autres réseaux.
Quelles difficultés le maire a-t-il rencontrées ?
Le maire, Alain Barthes, ne cache pas la difficulté du dossier. « Il faut être très motivé pour s’attaquer à ce dossier », explique-t-il dans la fiche Aquagir. Il ajoute : « On y passe des nuits entières mais ça marche ! »
Concrètement, le chantier a entraîné des coupures d’eau fréquentes pour les habitants. De plus, l’élu a dû gérer une fuite massive en pleine fête de village, avec la fermeture des vannes en pleine nuit.
Enfin, le coût des bureaux d’études a pesé sur le projet. La commune les juge pourtant indispensables pour cibler les bons tronçons.

Que dit la loi sur le rendement du réseau d’eau ?
Depuis la loi Grenelle 2, les services d’eau doivent tenir un descriptif détaillé de leur réseau. Le décret n° 2012-97 du 27 janvier 2012 fixe aussi un seuil de rendement à atteindre.
Ce seuil est de 85 %. À défaut, la commune doit atteindre un niveau calculé selon la densité du réseau, avec une formule qui commence à 65 %. Si le rendement reste trop bas et qu’aucun plan d’actions n’existe dans les délais, l’agence de l’eau majore la redevance pour prélèvement.
En outre, le rendement figure parmi les indicateurs du rapport annuel sur le prix et la qualité du service d’eau, que le maire présente chaque année au conseil municipal. C’est donc un chiffre que chaque élu peut suivre d’une année sur l’autre.
Côté collectivités : comment reproduire l’opération ?
La fiche Aquagir livre plusieurs conditions de réussite. Elles valent pour la plupart des petites communes qui gèrent encore leur eau en régie.
- s’appuyer sur un bureau d’études pour établir un diagnostic adapté au relief et au réseau ;
- associer le Département et l’Agence de l’eau du début à la fin ;
- assurer la présence des élus à chaque réunion de chantier ;
- prévenir les habitants à l’avance de chaque coupure d’eau.
Attention cependant aux conditions d’aide actuelles. La fiche thématique de l’Agence de l’eau Adour-Garonne, dans sa version de janvier 2026, plafonne l’aide au renouvellement des canalisations à 30 %. Elle demande aussi un prix minimal de 2 euros TTC par mètre cube pour la part eau potable. Une commune qui veut lancer un projet doit donc vérifier ces critères avant de bâtir son plan de financement.
D’autres aides peuvent compléter le financement, comme la DETR pour les communes rurales. Les enjeux de qualité et de quantité d’eau sont détaillés dans notre article sur l’eau potable face à la sécheresse et aux PFAS.
Rendement du réseau : ce qu’il faut retenir
- à Anglès (Tarn), le rendement est passé d’environ 30 % à près de 80 % ;
- 500 000 euros de travaux entre 2022 et 2025 ;
- 250 000 euros de l’Agence de l’eau Adour-Garonne et 150 000 euros du Département du Tarn ;
- deux ans d’études préalables et une sectorisation du réseau ;
- le seuil réglementaire de rendement est fixé à 85 %, ou à défaut selon la densité du réseau ;
- les conditions d’aide de l’Agence de l’eau ont évolué en 2026 : à vérifier avant tout projet.
Sources : Aquagir (Banque des Territoires), « À Anglès (81), le réseau d’eau retrouve son étanchéité », 2 décembre 2025 ; décret n° 2012-97 du 27 janvier 2012 ; Agence de l’eau Adour-Garonne, fiche « Eau potable, sécurisation quantitative », janvier 2026, consultés le 6 novembre 2026. Photos : Rose Galloway Green, Luis Tosta, Compagnons, Bino Grepolian / Unsplash.
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