mercredi , 28 octobre 2026

Accès direct aux infirmiers en pratique avancée : six départements testent dès le 1er décembre 2026

L’accès direct aux infirmiers en pratique avancée (IPA) sera testé à partir du 1er décembre 2026 dans six départements : Hérault, Loiret, Val-d’Oise, Yonne, Martinique et Mayotte. Concrètement, les patients pourront consulter un IPA sans passer d’abord par un médecin, à condition que cet infirmier exerce au sein d’une communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS). L’expérimentation durera cinq ans.

Accès direct infirmiers : que prévoit le décret ?

Le décret n° 2026-985 du 23 octobre 2026 organise cette expérimentation. Le Journal officiel l’a publié le 24 octobre 2026. Un arrêté du même jour fixe la liste des territoires retenus.

Le dispositif s’appuie sur l’article 1er de la loi Rist du 19 mai 2023. Cette loi avait ouvert la voie à l’accès direct à certains professionnels de santé. Ainsi, le décret en précise aujourd’hui les modalités pratiques.

Salle de consultation, accès direct infirmiers en pratique avancée
Les IPA pourront recevoir des patients sans prescription préalable d’un médecin. Photo : fr0ggy5 / Unsplash

Quels départements sont concernés par l’accès direct aux infirmiers ?

Le ministère a retenu six départements à l’issue d’un appel à projets :

  • l’Hérault ;
  • le Loiret ;
  • le Val-d’Oise ;
  • l’Yonne ;
  • la Martinique ;
  • Mayotte.

L’expérimentation commence le 1er décembre 2026 et dure cinq ans. Par conséquent, les habitants des autres départements ne sont pas concernés pour l’instant.

Qu’est-ce qu’un infirmier en pratique avancée ?

Un IPA est un infirmier qui a suivi une formation supplémentaire de niveau master. Grâce à cette formation, il peut assurer le suivi de certains patients, notamment atteints de maladies chroniques, avec des compétences élargies.

Selon le dernier recensement de l’Union nationale des infirmiers en pratique avancée, la France comptait 3 973 IPA diplômés en 2026. Toutefois, leur nombre reste limité au regard des besoins.

Concrètement, les IPA exercent déjà dans des hôpitaux, des maisons de santé ou des centres de santé. Jusqu’ici, ils intervenaient le plus souvent après une orientation par un médecin. L’expérimentation leur permet désormais d’accueillir directement certains patients.

Comment fonctionnera l’accès direct pour les patients ?

Dans les six départements, un patient pourra prendre rendez-vous directement avec un IPA participant. Autrement dit, il n’aura pas besoin d’une prescription ni d’être adressé par un médecin.

Toutefois, l’IPA pourra réorienter le patient vers un médecin si son état le nécessite. De plus, l’IPA informera le médecin traitant après chaque consultation. Enfin, l’IPA devra tenir à jour le dossier du patient.

Comment savoir quels IPA participent ?

Pour commencer, chaque IPA qui souhaite participer doit le déclarer à l’agence régionale de santé (ARS), avec un justificatif d’exercice en CPTS. L’ARS publie ensuite la liste des IPA autorisés sur son site. C’est donc là que les patients pourront trouver un professionnel.

Stéthoscope posé sur un support
Le médecin traitant reste informé après chaque consultation chez l’IPA. Photo : Spencer Liao / Unsplash

Pourquoi faut-il exercer au sein d’une CPTS ?

Une CPTS réunit les professionnels de santé d’un même territoire : médecins, infirmiers, pharmaciens, kinésithérapeutes. En outre, elle organise leur coordination autour des patients.

En exigeant un exercice en CPTS, le décret veut garantir le lien entre l’IPA et les médecins du secteur. D’après la Fédération des CPTS, les professionnels ont créé 821 communautés depuis 2016. Cependant, toutes les zones n’en disposent pas encore.

Qu’est-ce qui change par rapport à aujourd’hui ?

Aujourd’hui, dans la plupart des cas, un patient consulte un IPA après avoir été orienté par un médecin. En effet, le médecin pose d’abord un diagnostic, puis confie le suivi à l’infirmier.

Avec l’expérimentation, cette étape disparaît dans les six départements. Le patient choisit donc lui-même de consulter l’IPA. En pratique, cela peut raccourcir les délais d’accès aux soins, surtout là où les médecins manquent. Cependant, l’efficacité réelle dépendra du nombre d’IPA disponibles sur chaque territoire.

Les consultations seront-elles remboursées ?

À ce stade, les informations disponibles ne détaillent pas les modalités de remboursement propres à l’expérimentation. Les patients concernés ont donc intérêt à se renseigner auprès de l’IPA ou de leur caisse d’assurance maladie avant la consultation.

De même, elles ne précisent pas la liste des actes réalisables en accès direct dans ce cadre. Nous compléterons donc cet article dès la parution de ces précisions.

Comment l’expérimentation sera-t-elle évaluée ?

Les ARS évalueront le dispositif chaque année pendant cinq ans. Plusieurs indicateurs sont prévus :

  • le nombre d’IPA participants ;
  • le nombre de patients reçus en accès direct ;
  • le nombre de consultations et d’actes ;
  • la mise à jour des dossiers partagés ;
  • les événements indésirables ;
  • la part de patients réorientés vers un médecin.

Ainsi, les résultats permettront de décider d’une éventuelle généralisation à tout le territoire.

Ordinateur portable pour consulter la liste des IPA
La liste des IPA autorisés sera publiée sur le site de chaque ARS. Photo : 2H Media / Unsplash

Exemple : un patient diabétique dans le Loiret

Prenons un patient diabétique qui vit dans le Loiret et n’arrive pas à obtenir de rendez-vous rapide chez un médecin. À partir du 1er décembre 2026, il pourra consulter directement un IPA inscrit sur la liste de l’ARS.

D’abord, l’IPA assurera le suivi prévu dans son champ de compétence. Ensuite, il informera le médecin traitant et mettra à jour le dossier. En cas de complication, il orientera le patient vers un médecin.

Accès direct infirmiers : quelles questions restent ouvertes ?

Plusieurs points restent à préciser avant le 1er décembre. D’abord, le nombre d’IPA qui se déclareront auprès des ARS. Ensuite, la répartition de ces professionnels entre villes et zones rurales.

Enfin, l’articulation avec les médecins traitants constituera un point d’attention. Le décret prévoit l’information systématique du médecin après chaque consultation. Par ailleurs, l’évaluation annuelle des ARS mesurera la part de patients réorientés. Ces données permettront donc de juger, sur pièces, si le dispositif fonctionne.

Pour les patients, le principal enjeu reste pratique : trouver un IPA disponible près de chez soi. C’est pourquoi la publication des listes par les ARS, avant le 1er décembre, sera déterminante.

Côté collectivités : quel intérêt pour les communes ?

L’accès aux soins figure parmi les premières préoccupations des habitants, surtout dans les territoires peu dotés en médecins. Les communes ne sont pas parties prenantes du décret. Néanmoins, elles soutiennent souvent les maisons de santé, les centres de santé et les CPTS.

Dans les six départements, les élus peuvent donc relayer l’information auprès des habitants, par exemple dans le bulletin municipal. Les mairies peuvent aussi orienter les habitants vers le site de l’ARS, où figurera la liste des IPA autorisés, et faciliter le lien avec la CPTS locale. Pour un autre exemple d’action locale, voir notre article sur le centre de santé départemental de Saône-et-Loire.

Accès direct infirmiers : ce qu’il faut retenir

  • Décret n° 2026-985 et arrêté du 23 octobre 2026, publiés au Journal officiel du 24 octobre.
  • Six départements : Hérault, Loiret, Val-d’Oise, Yonne, Martinique, Mayotte.
  • Début le 1er décembre 2026, pour cinq ans.
  • Consultation d’un IPA sans passer par un médecin, si l’IPA exerce en CPTS.
  • Liste des IPA participants publiée par chaque ARS.
  • Remboursement et liste des actes : précisions encore attendues.

Sources : décret n° 2026-985 du 23 octobre 2026 et arrêté du même jour (Légifrance) ; loi n° 2023-379 du 19 mai 2023 ; Maire-info (26 octobre 2026) ; Union nationale des infirmiers en pratique avancée ; Fédération des CPTS. Photo à la une : Sasun Bughdaryan / Unsplash.

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