L’intracting permet à une commune de financer la rénovation énergétique de ses bâtiments avec les économies d’énergie qu’elle va réaliser. Grasse, Colmar ou Mazamet y ont eu recours pour leurs écoles, gymnases et éclairage public. Fonctionnement, montants engagés, résultats attendus et limites : retour d’expérience à destination des élus et des services techniques.
Intracting : de quoi s’agit-il ?
En pratique, le principe est simple : la collectivité reçoit une avance pour financer des travaux d’économies d’énergie.
Ensuite, elle rembourse cette avance grâce à la baisse de ses factures. Les économies financent donc, au moins en partie, l’investissement.
Selon la Banque des Territoires, le mécanisme s’inspire d’une pratique développée en Allemagne il y a une vingtaine d’années.
Aujourd’hui, en France, la Banque des Territoires propose ce dispositif aux communes, intercommunalités et autres collectivités.
Pourquoi les communes s’y intéressent-elles ?
D’abord, les bâtiments publics pèsent lourd : ils représentent le deuxième poste de dépenses des collectivités après le personnel, selon un rapport ministériel de 2017 cité par la Banque des Territoires.
Ensuite, le dispositif Éco Énergie tertiaire fixe un objectif de baisse de 40 % d’ici 2030 des consommations des bâtiments tertiaires concernés, par rapport à une année de référence.
Enfin, beaucoup de petites communes manquent de capacité d’autofinancement pour lancer des travaux lourds. L’intracting offre alors une solution de trésorerie.

Intracting classique ou intracting sécurisé : quelles différences ?
La Banque des Territoires distingue deux formules, d’après sa présentation publiée en mars 2022.
| Critère | Intracting classique | Intracting sécurisé |
|---|---|---|
| Financement | Avance remboursable au taux de 0,25 % | Avance à taux zéro |
| Travaux visés | Gains rapides : chaudière, éclairage, régulation | Bouquets lourds : isolation, fenêtres, solaire |
| Remboursement | Par les économies, en 10 à 13 ans environ | Par les économies, avec un opérateur engagé sur les résultats |
| Condition | Travaux qui s’autofinancent | Économie d’énergie minimale de 40 % |
En revanche, avec la formule sécurisée, la commune signe un contrat de performance énergétique avec un opérateur. Si les objectifs ne sont pas atteints, l’opérateur dédommage la collectivité.
Attention : ces conditions datent de 2022. Les taux et seuils actuels sont à vérifier auprès de la direction régionale de la Banque des Territoires.
Grasse : 23 écoles rénovées avec des avances remboursables
Par exemple, la ville de Grasse, dans les Alpes-Maritimes, a appliqué ce modèle à son patrimoine scolaire, selon la fiche publiée par la Banque des Territoires.
- Périmètre : 23 écoles, environ 4 000 élèves, 33 133 m² ;
- Calendrier : audits en 2018, convention signée en 2021, travaux de 2022 à 2023 ;
- Coût : 766 317 euros ;
- Financement : avances remboursables sur 13 ans à taux fixe de 0,25 % ;
- Objectif : au moins 11,2 % de baisse des consommations, surtout de gaz.
Concrètement, les travaux ont porté sur l’éclairage LED, le remplacement de portes, une isolation partielle, des équipements économes en eau, des panneaux photovoltaïques et un ballon thermodynamique.
Toutefois, la fiche présente des objectifs. Elle ne publie pas de bilan mesuré après travaux.
C’est pourquoi un suivi des compteurs, école par école, permettrait de confirmer ou non ces gains dans la durée. Ce type de bilan intéresserait d’ailleurs directement les autres communes.
Colmar : l’éclairage public dans le programme
À Colmar, la ville et la Banque des Territoires ont signé une convention d’intracting le 28 mars 2023, d’après le communiqué officiel.
Au total, le programme atteint 2 millions d’euros, dont 710 000 euros d’avances remboursables de la Banque des Territoires, pour des actions menées en 2023 et 2024.
Ainsi, il couvre des écoles, des gymnases, l’hôtel de ville, des parkings et l’éclairage public.
Par ailleurs, les économies attendues s’élèvent à 530 600 kWh par an pour les bâtiments et 240 000 kWh par an pour l’éclairage, soit 770 600 kWh au total.

Mazamet : le premier intracting sécurisé
De son côté, Mazamet, dans le Tarn, compte un peu plus de 10 000 habitants. Selon la Banque des Territoires, la commune a engagé en décembre 2021 le premier intracting sécurisé en France.
Ensuite, un diagnostic entièrement financé par la Banque des Territoires a identifié 98 actions sur 20 bâtiments municipaux, soit 43 000 m².
D’après le maire, cité en 2022, la réalisation de toutes ces actions permettrait d’économiser environ un quart de la facture énergétique. Il s’agit d’une estimation, pas d’un résultat mesuré.
Quelles conditions pour reproduire ces projets ailleurs ?
En définitive, les retours d’expérience font ressortir plusieurs étapes indispensables :
- un audit énergétique précis du patrimoine, bâtiment par bâtiment ;
- un plan pluriannuel d’investissement qui intègre les travaux ;
- un suivi des consommations avant et après travaux, pour vérifier les économies ;
- pour la formule sécurisée, un marché global de performance énergétique.
Par ailleurs, la Banque des Territoires indiquait en 2022 pouvoir cofinancer l’ingénierie à hauteur de 50 %, dans la limite de 50 000 euros.
Par où commencer pour une petite commune ?
D’abord, il est utile de rassembler les factures d’énergie des trois dernières années, bâtiment par bâtiment.
Ensuite, la commune peut repérer les équipements les plus énergivores : vieilles chaudières, éclairage ancien, bâtiments chauffés mais peu occupés.
Puis, elle peut se rapprocher de son syndicat d’énergie ou de son intercommunalité, qui disposent parfois d’un conseiller en énergie partagé.
En outre, la direction régionale de la Banque des Territoires peut indiquer les conditions en vigueur et les seuils minimaux de projet.
Enfin, un vote du conseil municipal reste nécessaire pour signer la convention et inscrire les remboursements au budget.
Quelles sont les limites du dispositif ?
Premièrement, la formule classique ne finance que des travaux rentables à court terme. L’isolation lourde en est souvent exclue.
Deuxièmement, les économies restent des objectifs tant qu’aucun bilan mesuré n’est publié. Les élus ont donc intérêt à suivre et à rendre publics les résultats réels.
Troisièmement, une avance reste une dette : elle doit apparaître dans la stratégie financière de la collectivité.

Intracting : quel intérêt pour les habitants ?
Pour les habitants, en effet, ces travaux améliorent le confort des écoles et des équipements publics, été comme hiver.
De plus, une baisse durable des factures libère des marges dans le budget communal pour d’autres services.
D’autres leviers existent, comme l’extinction nocturne de l’éclairage public à Lunel-Viel ou l’adaptation des bâtiments publics à la chaleur.
Intracting : ce qu’il faut retenir
- L’intracting finance la rénovation énergétique par une avance remboursée grâce aux économies réalisées.
- La formule classique visait en 2022 des travaux rapides, avec une avance à 0,25 % sur 10 à 13 ans.
- La formule sécurisée vise des travaux lourds, avec un opérateur engagé sur au moins 40 % d’économies.
- Grasse (23 écoles, 766 317 euros) et Colmar (programme de 2 millions d’euros) l’ont utilisé.
- Les gains publiés sont souvent des objectifs : mesurer les résultats réels reste indispensable.
Sources : Banque des Territoires, financer la rénovation énergétique des bâtiments publics (mars 2022) ; Banque des Territoires, rénovation des écoles de Grasse ; communiqué Banque des Territoires et Ville de Colmar du 28 mars 2023. Consultés le 16 octobre 2026. Photo à la une : Remco Guijs / Unsplash.
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