Le centre de santé départemental de Saône-et-Loire salarie des médecins généralistes depuis janvier 2018. Partie d’une trentaine de praticiens, la structure revendique aujourd’hui plus de 70 médecins et plus de 40 000 habitants ayant retrouvé un médecin traitant. Chiffres, financement, difficultés et conditions pour reproduire l’expérience : retour sur un dispositif scruté par d’autres départements.
Pourquoi la Saône-et-Loire a créé un centre de santé départemental
L’idée naît en 2015. Le département anticipe alors que la moitié de ses médecins généralistes partira à la retraite d’ici 2018, rapporte la Banque des Territoires.
À l’époque, la densité est de 110,4 généralistes pour 100 000 habitants, contre 132,1 au niveau national. Par ailleurs, le territoire compte 547 200 habitants répartis dans 563 communes.
En outre, le département avait déjà testé des aides financières à l’installation dès 2013. Il constate cependant que ces incitations ne suffisent pas à enrayer la désertification médicale.
Comment fonctionne le centre de santé départemental ?
Le département présente le projet aux élus en juin 2017, puis l’adopte en septembre 2017. D’ailleurs, les premiers médecins salariés reçoivent des patients en janvier 2018. Ainsi, il aura fallu environ dix-huit mois de préparation.
Par ailleurs, le schéma repose sur des centres territoriaux et des antennes de proximité. Début 2019, cinq centres territoriaux et dix antennes fonctionnaient déjà.
En outre, les médecins, salariés, travaillent 35 heures par semaine. La Banque des Territoires cite une rémunération de l’ordre de 5 000 euros par mois en 2019, selon l’ancienneté.

Quels résultats après la première année ?
En 2018, le centre de santé départemental a reçu 16 221 patients et réalisé 23 235 consultations, dans quatre centres et neuf antennes ouverts au fil de l’année.
Surtout, 11 052 patients ont déclaré un médecin traitant du centre dès cette première année. C’est l’indicateur clé dans un territoire où beaucoup d’habitants n’en avaient plus.
Combien de médecins et de patients aujourd’hui ?
Le dispositif a fortement grandi. En mai 2023, Le Quotidien du médecin faisait état de 71 généralistes salariés et de 400 000 consultations revendiquées.
Selon un article de La Gazette France du 10 juillet 2026, le centre a réalisé 153 828 consultations en 2025, dont plus de 126 000 en médecine générale. D’ailleurs, il emploie plus de 70 médecins, parmi plus de 100 professionnels de santé.
Toujours selon cette source, plus de 40 000 habitants ont retrouvé un médecin traitant grâce au dispositif. Enfin, la stratégie du département a reçu en 2026 le grand prix des Assises nationales de l’accès aux soins.
| Indicateur | 2018 | 2025-2026 |
|---|---|---|
| Consultations | 23 235 | 153 828 (2025) |
| Médecin traitant retrouvé | 11 052 patients | plus de 40 000 habitants |
| Médecins salariés | une trentaine visés | plus de 70 |
Comment se finance le centre de santé départemental ?
D’abord, le département encaisse lui-même le prix des consultations. En outre, il gère le centre dans un budget annexe, distinct de son budget principal.
Le département visait l’équilibre à partir de 30 médecins salariés, selon la Banque des Territoires. Par ailleurs, une structure administrative d’une vingtaine d’équivalents temps plein assure la gestion.
En outre, les sources consultées ne publient pas de bilan financier détaillé récent. Une collectivité intéressée a donc intérêt à demander directement les comptes du budget annexe au département.
Le rôle des communes : un exemple à Montceau-les-Mines
D’ailleurs, les communes mettent souvent les locaux à disposition. À Montceau-les-Mines, l’antenne a ouvert en juillet 2018 avec deux médecins. D’après la Banque des Territoires, la rénovation des locaux a coûté 100 000 euros, financés à 80 % par la ville et à 20 % par le programme européen Leader.

Quelles difficultés le département a-t-il rencontrées ?
D’abord, le recrutement de l’équipe de direction s’est révélé difficile. Le département a donc dû faire appel à un cabinet spécialisé pour trouver un directeur et un médecin-directeur.
Ensuite, la carte des antennes a évolué. Le département a abandonné ou fermé certaines antennes lorsque des médecins libéraux se sont installés à proximité.
Le président du département insistait sur ce point en 2019 : l’objectif est de « soulager les médecins libéraux là où ils ne sont pas assez nombreux », et non de les concurrencer.
Qui pilote le centre de santé départemental ?
D’ailleurs, une commission réunit l’agence régionale de santé, l’Ordre des médecins, des partenaires et des élus. Présidée par le président du département, elle se réunit quatre à cinq fois par an.
Ainsi, cette concertation précoce avec l’ARS et les acteurs locaux fait partie des facteurs de réussite cités par la Banque des Territoires.
Peut-on reproduire ce modèle ailleurs ?
L’expérience de Saône-et-Loire dégage plusieurs conditions, à adapter à chaque territoire :
- associer très tôt l’ARS, l’Ordre des médecins et les médecins libéraux ;
- prévoir environ dix-huit mois entre la décision et les premières consultations ;
- s’appuyer sur les communes pour les locaux et leur rénovation ;
- gérer la structure dans un budget annexe, avec un objectif d’équilibre clair ;
- garder une carte des antennes souple, complémentaire de l’offre libérale.
Un centre de santé départemental n’est pas la seule voie. L’allocation CESP de 1 200 euros par mois peut aussi attirer des étudiants, en échange d’un exercice en zone sous-dotée.

Côté collectivités : ce qu’il faut vérifier avant de se lancer
Avant de salarier des médecins, une collectivité doit évaluer ses besoins avec l’ARS, à partir du zonage des territoires sous-dotés. Elle doit aussi estimer le nombre de médecins nécessaire pour équilibrer le budget annexe.
Enfin, la coordination avec les intercommunalités compte, notamment pour les maisons de santé déjà existantes. D’autres retours d’expérience locaux, comme celui du bus gratuit à Dunkerque, montrent l’intérêt d’un suivi chiffré dans la durée.
Centre de santé départemental : ce qu’il faut retenir
- La Saône-et-Loire salarie des généralistes depuis janvier 2018.
- En 2018 : 23 235 consultations et 11 052 patients avec un médecin traitant du centre.
- En 2025 : 153 828 consultations et plus de 70 médecins, selon La Gazette France.
- Plus de 40 000 habitants auraient retrouvé un médecin traitant.
- Un budget annexe retrace ses comptes, avec un objectif d’équilibre à 30 médecins.
- Les communes jouent un rôle clé pour les locaux des antennes.
Sources : Banque des Territoires (retour d’expérience du 12 mars 2019 et article du 21 juin 2017), Le Quotidien du médecin (23 mai 2023), La Gazette France (10 juillet 2026), consultés le 27 octobre 2026. Photos : Michal Balog, szm 4, Erwan Hesry, Hermann Wittekopf / Unsplash.
Bulletin des Communes Le portail National des Collectivités locales et territoriales