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Territoire zéro chômeur : à Jouques, 87 CDI créés en sept ans par l’entreprise à but d’emploi

Territoire zéro chômeur de longue durée depuis 2017, Jouques, commune de 4 393 habitants des Bouches-du-Rhône, a fait de son entreprise à but d’emploi le premier employeur local. De 2017 à 2023, Élan Jouques a embauché 87 personnes en CDI, selon la Banque des Territoires. Coût, résultats, difficultés : retour sur une expérience que d’autres élus peuvent étudier.

Qu’est-ce qu’un territoire zéro chômeur de longue durée ?

Il s’agit d’une expérimentation nationale, créée par la loi du 29 février 2016. Le principe consiste donc à embaucher en CDI des personnes privées d’emploi depuis longtemps, pour des activités utiles au territoire.

Ces embauches passent par une entreprise à but d’emploi (EBE). Cependant, celle-ci ne doit pas concurrencer les entreprises locales. Par ailleurs, un comité local pour l’emploi pilote le dispositif sur chaque territoire.

Ainsi, Jouques fait partie des dix territoires retenus lors de la première phase, selon un dossier publié par la commune.

Objets de brocante devant une boutique du sud de la France (illustration recyclerie)
L’entreprise à but d’emploi de Jouques gère notamment une recyclerie. Image d’illustration. Photo : Peter Schulz / Unsplash

Quelle était la situation de Jouques au départ ?

Jouques se trouve dans une vallée enclavée, à une vingtaine de kilomètres au nord-est d’Aix-en-Provence. En 2015, le taux de chômage y atteignait 10 %, selon la Banque des Territoires.

De plus, près de la moitié de ces chômeurs l’étaient depuis longtemps. Au lancement, la commune a donc identifié 194 personnes qui pouvaient entrer dans le dispositif.

Territoire zéro chômeur : quelles activités à Jouques ?

L’entreprise à but d’emploi Élan Jouques, une association, démarre en 2017. Concrètement, elle embauche en CDI des personnes privées d’emploi depuis plus de deux ans.

Ensuite, au fil des années, elle s’organise en cinq pôles :

  • tourisme ;
  • recyclerie ;
  • multiservices ;
  • agriculture ;
  • atelier bois.

Par ailleurs, la commune reste son principal client. Ainsi, l’EBE rend des services qui n’existaient pas auparavant, explique le maire, Éric Garcin, cité par la Banque des Territoires.

Quels résultats chiffrés ?

D’abord, précisons que les chiffres disponibles proviennent de la Banque des Territoires (janvier 2024) et de documents de la commune.

IndicateurRésultatSource
Personnes embauchées en CDI par l’EBE (2017-2023)87Banque des Territoires
Salariés présents fin 202354Banque des Territoires
Équivalents temps plein en moyenne (2022)38,24Commune, annexe à une délibération
Part de salariés en situation de handicap (budget 2024)22 %Banque des Territoires
Personnes sorties de la privation d’emploi au 1er décembre 2021116, dont 74 via l’EBECommune

Attention à la lecture du dernier chiffre. En effet, les 116 sorties incluent 42 personnes qui ont retrouvé un CDI ailleurs, sans passer par l’EBE. On ne peut donc pas toutes les attribuer à l’entreprise.

Par ailleurs, les 33 salariés partis entre 2017 et 2023 l’ont fait pour diverses raisons : retraite, embauche ailleurs, création d’activité, déménagement ou départ volontaire.

Des effets au-delà de l’emploi

Selon la Banque des Territoires, une cinquantaine de personnes ont aussi réglé un problème de mobilité, de garde d’enfant ou de logement. En outre, les demandes d’aide au CCAS ont diminué.

Pourquoi ces résultats intéressent d’autres élus

L’expérience de Jouques montre d’abord qu’une petite commune peut porter un tel projet. En effet, le dispositif ne réserve pas l’expérimentation aux grandes villes.

Ensuite, elle illustre un modèle économique mixte. Ainsi, le chiffre d’affaires de l’EBE ne couvre qu’une partie de son budget, et l’essentiel provient de financements publics liés à l’emploi.

Enfin, le bilan reste partiel. Par conséquent, une collectivité intéressée gagnera à demander des chiffres actualisés au comité local et à l’association nationale qui anime l’expérimentation.

Poubelle jaune au bord d'une route, services de proximité
Les services de proximité constituent une part importante de l’activité. Image d’illustration. Photo : Stevo / Unsplash

Combien coûte le dispositif ?

Tout d’abord, pour 2024, le budget prévisionnel de l’EBE atteignait 1,536 million d’euros, dont 1,206 million de salaires. Voici la répartition des recettes prévues, selon la Banque des Territoires :

  • contribution de l’État au développement de l’emploi : 887 000 euros ;
  • chiffre d’affaires : 305 000 euros ;
  • département des Bouches-du-Rhône : 133 000 euros ;
  • métropole Aix-Marseille-Provence : 33 000 euros ;
  • Agefiph : 15 000 euros ;
  • autres recettes : 163 000 euros.

De même, en 2022, d’après un document annexé à une délibération municipale, l’État a versé 770 262 euros et le département 115 539 euros.

Quelles difficultés la commune a-t-elle rencontrées ?

Toutefois, le retour d’expérience publié par la Banque des Territoires relève plusieurs obstacles :

  • d’abord, une organisation trop horizontale bloquait les décisions au démarrage ;
  • ensuite, le potentiel du pôle tourisme avait fait l’objet d’une surestimation ;
  • la loi ne finançait pas le poste d’ingénierie du comité local, payé pendant trois ans par le Fonds social européen ;
  • enfin, les parents seuls restent isolés, à cause du coût et du temps de transport.

Malgré tout, le regard des habitants a changé. Le directeur d’Élan Jouques, Ludwig Rouault, le résume ainsi : « Nous ne sommes plus vus comme la boîte des fainéants, mais comme l’entreprise de services de la commune. »

Territoire zéro chômeur : comment reproduire l’expérience ?

D’abord, un territoire doit obtenir une habilitation nationale pour participer à l’expérimentation. Ensuite, plusieurs conditions ressortent de l’expérience de Jouques :

  • vérifier de façon systématique que chaque activité ne concurrence pas une entreprise existante ;
  • séparer clairement l’EBE, la mairie et le comité local pour l’emploi ;
  • réunir régulièrement les partenaires, comme France Travail, Cap emploi et le département ;
  • miser sur des salariés polyvalents et une gouvernance partagée.

Enfin, la convention de l’EBE avec ses financeurs couvre la période 2021-2026, selon un avenant annexé à une délibération de la commune. Son renouvellement constituera donc une étape à suivre.

Territoire zéro chômeur Jouques : bâtiment de village (illustration)
La commune porte le comité local pour l’emploi qui pilote le dispositif. Image d’illustration. Photo : Salomè Jangulashvili / Unsplash

Côté collectivités : ce qu’il faut retenir pour un projet

Pour une commune, l’intérêt tient d’abord à la création de services de proximité tout en réduisant le chômage de longue durée. Toutefois, le projet demande une ingénierie importante et un partenariat solide avec l’État et le département.

Enfin, d’autres communes ont mené des projets locaux mesurables, que nous avons présentés : la régie agricole de Mouans-Sartoux ou la gratuité des bus à Dunkerque.

Territoire zéro chômeur à Jouques : ce qu’il faut retenir

  • Jouques (4 393 habitants) participe à l’expérimentation depuis sa première phase.
  • Son entreprise à but d’emploi a embauché 87 personnes en CDI de 2017 à 2023.
  • Elle comptait 54 salariés fin 2023 et constitue le premier employeur de la commune.
  • Le budget prévisionnel 2024 atteignait 1,536 million d’euros, financé surtout par l’État.
  • Les chiffres datent de 2021 à 2024 : un bilan plus récent reste à publier.

Sources : Banque des Territoires, « En sept ans, Jouques est devenu un territoire d’emploi », 18 janvier 2024 ; commune de Jouques, dossier TZCLD, 2022 ; commune de Jouques, avenant à la convention de l’EBE Élan Jouques, annexe à la délibération n° 64. Photos d’illustration : Shalev Cohen, Peter Schulz, Stevo, Salomè Jangulashvili / Unsplash.

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