Le tribunal administratif de Paris a suspendu, le mercredi 28 octobre 2026, le couvre-feu des mineurs que l’État avait instauré dans certains secteurs de la capitale. Ailleurs, d’autres mesures du même type restent en vigueur ou ont reçu l’aval des juges. Ce que dit la décision, ce que peuvent faire les maires et les préfets, et ce que cela change pour les familles.
Couvre-feu des mineurs à Paris : que s’est-il passé le 28 octobre ?
Le tribunal administratif de Paris a suspendu, le 28 octobre 2026, la mesure qui interdisait aux mineurs de circuler la nuit dans certains secteurs de la capitale. TF1 Info a rapporté l’information, dans un article mis en ligne le soir même, vers 22 h 45.
Selon ce média, le juge a estimé que l’administration ne lui avait apporté « aucun élément précis relatif à la réalité de risques ». Il y a vu une atteinte grave à la liberté d’aller et venir. Par ailleurs, la mesure devait, selon les titres de presse, s’appliquer jusqu’à ce jeudi.
À ce stade, nous n’avons pas pu consulter le texte de l’ordonnance. Nous ne détaillons donc pas ici les horaires précis, les âges visés ni le périmètre exact de l’arrêté. De même, personne n’avait annoncé d’appel devant le Conseil d’État au moment où nous écrivons.
Pourquoi ces mesures ont-elles été prises ?
Ces arrêtés font suite aux violences urbaines des 17 et 18 octobre 2026. Le Premier ministre a alors demandé aux préfets d’instaurer des couvre-feux partiels et très localisés. Nous avions d’ailleurs détaillé les premières mesures dans notre article sur les couvre-feux localisés.
Selon une analyse du cabinet Nausica Avocats datée du 20 octobre, le gouvernement n’a pas déclaré l’état d’urgence. Les autorités se sont donc appuyées sur le droit commun de la police administrative.

Qui peut décider d’un couvre-feu des mineurs ?
En droit, deux autorités peuvent agir, selon la situation de la commune.
- Le maire, au titre de ses pouvoirs de police générale (article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales).
- Le préfet, lorsque la mesure dépasse le territoire d’une commune ou que la police est étatisée (articles L. 2214-4 et L. 2215-1 du même code). À Paris, c’est le préfet de police.
Par ailleurs, le code de la sécurité intérieure prévoit un dispositif spécifique pour les mineurs de moins de 13 ans exposés à un risque manifeste (article L. 132-8).
Un cadre fixé par le Conseil d’État
En principe, le Conseil d’État admet ces arrêtés depuis 2001. Toutefois, il pose des conditions strictes. D’abord, des risques réels et précis doivent justifier la mesure. Ensuite, elle doit rester limitée dans le temps et dans l’espace.
En outre, c’est à l’autorité qui prend l’arrêté de prouver la réalité des troubles. Ainsi, le 26 août 2026, le Conseil d’État a suspendu un couvre-feu visant tous les mineurs dès 23 h sur toute une commune, faute de données probantes, selon la même analyse juridique.
Couvre-feu des mineurs : où d’autres mesures s’appliquent-elles ?
La décision parisienne ne vaut que pour Paris. D’autres arrêtés suivent leur propre sort, selon les titres de presse recensés le 28 octobre :
- Lille et le Nord : le préfet du Nord a prolongé le couvre-feu pour les mineurs non accompagnés ;
- Perpignan : la justice a confirmé un couvre-feu pour les mineurs et une interdiction de manifester en centre-ville ;
- Denain : le maire a réécrit son arrêté, d’abord très large, pour ne viser que les mineurs non accompagnés dans certains secteurs ;
- Cluses et Scionzier (Haute-Savoie) : les autorités ont pris une mesure pour un week-end ;
- Bordeaux : la préfecture avait prévu un couvre-feu pour les mineurs non accompagnés jusqu’au 26 octobre.
Toutefois, ces informations évoluent vite. Avant tout déplacement nocturne avec un adolescent, il est donc utile de consulter le site de la préfecture ou de la mairie concernée.

Que risquent les familles en cas d’infraction ?
Dans le droit commun, le non-respect d’un arrêté de police est une contravention. Ainsi, le code pénal prévoit une contravention de 2e classe (article R. 610-5). L’amende forfaitaire s’élève alors à 35 euros, et le juge peut aller jusqu’à 150 euros.
En pratique, les forces de l’ordre raccompagnent le plus souvent un mineur contrôlé chez lui ou le remettent à ses parents. Les règles exactes dépendent toutefois de chaque arrêté. Celui-ci précise en général les dérogations : trajet professionnel ou scolaire, motif médical, urgence familiale.
Comment contester un arrêté ?
Toute personne qui y a intérêt peut saisir le juge des référés. Le référé-liberté (article L. 521-2 du code de justice administrative) permet d’obtenir une décision en 48 heures. C’est d’ailleurs cette voie que les requérants ont utilisée à Paris.
De son côté, le préfet peut déférer au tribunal un arrêté municipal qu’il juge illégal.
Côté collectivités : les points de vigilance pour les maires
Pour un maire tenté de prendre un tel arrêté, la décision parisienne rappelle quelques règles simples.
- Documenter les faits : nombre d’interventions, de dégradations, de plaintes, avec des dates et des lieux.
- Limiter le périmètre aux quartiers réellement touchés.
- Fixer une durée courte, avec une date de fin ou un réexamen.
- Prévoir des dérogations claires et une information des familles.
- Associer le préfet et les forces de l’ordre, qui assurent les contrôles.
Enfin, le juge risque de suspendre rapidement un arrêté trop général. Il faut alors en tirer les conséquences et l’adapter, comme l’a fait la commune de Denain.

Et pour les manifestations à venir ?
De même, les interdictions de rassemblement suivent la même logique de proportionnalité. Or, les syndicats et collectifs annoncent plusieurs journées de mobilisation, le 31 octobre puis le 5 novembre. Nous détaillons les conséquences pour les écoles et les transports dans notre article sur la grève du 5 novembre.
Couvre-feu des mineurs : ce qu’il faut retenir
- Le tribunal administratif de Paris a suspendu le couvre-feu des mineurs parisien le 28 octobre 2026.
- Le juge a relevé l’absence d’éléments précis sur la réalité des risques.
- D’autres mesures restent en vigueur ou ont reçu l’aval du juge, notamment dans le Nord et à Perpignan.
- Un maire ou un préfet peut agir, mais la mesure doit être limitée, justifiée et proportionnée.
- Les familles peuvent contester un arrêté en référé devant le tribunal administratif.
Sources : TF1 Info (28 octobre 2026, 22 h 45), via titrespresse.com ; Nausica Avocats, « Couvre-feux locaux d’octobre 2026 » (20 octobre 2026) ; Légifrance (code général des collectivités territoriales, code de la sécurité intérieure, code pénal, code de justice administrative), consultés le 29 octobre 2026. Images d’illustration : GK3000, Julien, Simon Infanger, Bruno BD / Unsplash.
Bulletin des Communes Le portail National des Collectivités locales et territoriales