Un logement humide, mal chauffé ou dangereux ne relève pas toujours d’un simple défaut de confort. La loi oblige le propriétaire à fournir un logement décent, sûr et adapté à l’habitation. Cette obligation couvre notamment le gros œuvre, l’étanchéité, les réseaux électriques, le chauffage, l’eau, les sanitaires et la performance énergétique. Depuis le 1er janvier 2025, un logement classé G au diagnostic de performance énergétique ne respecte plus le niveau minimal exigé en métropole. Le locataire peut donc demander des travaux précis. Toutefois, il doit suivre une démarche structurée et continuer à payer son loyer tant qu’un juge n’a pas décidé autrement.
Le propriétaire doit garantir un logement sûr et habitable

L’article 6 de la loi du 6 juillet 1989 impose au bailleur de remettre un logement décent. Le texte vise les risques pour la santé, la sécurité, les nuisibles, les équipements indispensables et la performance énergétique. Vous pouvez consulter directement la version en vigueur de cette obligation sur Légifrance.
Concrètement, le propriétaire doit maintenir le clos et le couvert en bon état. Il doit donc traiter une toiture qui fuit, une façade qui laisse entrer l’eau ou des fenêtres qui ne ferment plus correctement. Il doit aussi sécuriser les garde-corps, escaliers, plafonds et planchers lorsque leur état expose l’occupant à un danger.
Le bailleur doit également fournir des réseaux conformes. Une installation électrique dangereuse, des prises brûlées ou des fils apparents exigent une intervention. De même, une fuite importante sur une canalisation fixe ou une évacuation défectueuse relève généralement de sa responsabilité. Le locataire garde seulement à sa charge l’entretien courant et les petites réparations prévues par les textes.
Humidité, infiltrations et moisissures : le bailleur doit supprimer la cause
Les moisissures constituent l’un des motifs les plus fréquents de conflit. Le propriétaire ne peut pas se contenter de repeindre un mur si une fuite, une infiltration ou un défaut de ventilation provoque l’humidité. Il doit rechercher l’origine du problème et réaliser les travaux nécessaires. Selon le diagnostic, il peut réparer la toiture, reprendre l’étanchéité, remplacer une fenêtre ou améliorer la ventilation.
Le locataire doit néanmoins utiliser normalement le logement. Il doit aérer les pièces, ne pas boucher les entrées d’air et signaler rapidement les dégâts. Cette distinction compte, car l’expert recherchera la cause réelle. Des photographies datées, des relevés d’humidité, des factures de chauffage et un certificat médical peuvent documenter la situation.
Le sujet dépasse souvent le seul rapport locatif. Les communes repèrent les situations graves et coordonnent parfois plusieurs services. Le Bulletin des Communes a déjà présenté les actions locales contre les logements insalubres et les marchands de sommeil. Cette lecture aide à distinguer la non-décence, l’insalubrité et le danger immédiat.
Chauffage, eau et sanitaires : les équipements doivent fonctionner

Un logement décent doit permettre un chauffage normal. Le propriétaire doit donc réparer une chaudière en panne lorsqu’elle relève de l’équipement du logement. Il doit aussi remplacer un appareil vétuste qui ne chauffe plus suffisamment. En revanche, le locataire doit assurer l’entretien annuel lorsque le contrat et la réglementation lui attribuent cette tâche.
Le logement doit disposer d’une alimentation en eau potable, d’une évacuation des eaux usées et d’équipements sanitaires adaptés. Une douche inutilisable, un ballon d’eau chaude hors service ou un évier sans évacuation peuvent imposer des travaux. Le décret sur la décence exige aussi un réseau électrique capable d’assurer l’éclairage et le fonctionnement des appareils indispensables.
La liste officielle des équipements minimaux figure dans le décret du 30 janvier 2002 relatif au logement décent. Elle constitue un point de départ utile avant d’écrire au propriétaire.
Performance énergétique : les logements classés G ne sont plus décents en métropole
Depuis le 1er janvier 2025, la métropole exige une classe énergétique comprise entre A et F pour qu’un logement respecte le critère de décence. Par conséquent, un logement classé G ne remplit plus cette condition. Le calendrier prévoit ensuite l’exclusion des logements F à partir de 2028, puis des logements E à partir de 2034. Les échéances diffèrent dans les départements et régions d’outre-mer.
Le propriétaire doit alors envisager des travaux adaptés : isolation, remplacement du chauffage, ventilation ou traitement des ponts thermiques. Toutefois, le diagnostic du bâtiment doit guider le chantier. Une simple intervention isolée ne garantit pas toujours le classement recherché. Certaines contraintes techniques, architecturales ou liées à la copropriété peuvent aussi limiter les travaux que le juge ordonne.
Cette règle complète les restrictions sur l’augmentation des loyers des passoires thermiques. Notre article sur l’augmentation du loyer d’un bien mis en location explique les différences entre révision annuelle, relocation et travaux.
Quels travaux le propriétaire ne doit-il pas forcément payer ?
La décence n’oblige pas le bailleur à moderniser tout le logement. Une cuisine ancienne mais fonctionnelle, une décoration démodée ou l’absence d’équipements de confort ne suffisent pas toujours à exiger un chantier. Le propriétaire doit intervenir lorsque le défaut touche la sécurité, la santé, l’usage normal ou les critères réglementaires.
Le locataire supporte les réparations locatives et l’entretien courant. Il remplace notamment certaines petites pièces, entretient les joints et nettoie les équipements. Cependant, la vétusté, un vice de construction ou une panne importante replacent la dépense à la charge du propriétaire. L’état des lieux, les factures et l’âge des équipements permettent de trancher plus facilement.
Comment demander les travaux sans fragiliser son dossier ?
Commencez par signaler le problème au propriétaire avec des éléments précis. Décrivez chaque défaut, ajoutez des photographies et indiquez les conséquences. Si le bailleur ne réagit pas, envoyez une lettre recommandée avec avis de réception. Demandez une réponse et proposez un délai raisonnable pour organiser une visite ou une intervention.
Le locataire peut aussi consulter gratuitement l’ADIL. L’agence analyse le bail, qualifie le problème et explique la procédure. L’ANIL détaille les démarches à suivre lorsqu’un logement ne respecte pas les critères de décence. Selon le territoire, la CAF ou la MSA peut également contrôler le logement lorsque l’occupant reçoit une aide au logement.
N’arrêtez jamais de payer le loyer de votre propre initiative. Une telle décision peut déclencher une procédure pour impayés. Seul un accord écrit, une décision judiciaire ou un dispositif légal peut modifier les paiements. Le locataire peut saisir la commission départementale de conciliation, puis le juge des contentieux de la protection si le conflit persiste.
Quels recours lorsque le propriétaire refuse ?
Le juge peut ordonner les travaux, réduire le loyer ou suspendre son paiement selon la situation. Il peut également fixer un calendrier. Le locataire doit présenter un dossier solide : échanges écrits, constat, diagnostics, rapport d’un service communal, justificatifs médicaux et preuves des dépenses supplémentaires.
En présence d’un danger grave, contactez la mairie ou l’intercommunalité compétente. Les services d’hygiène, l’agence régionale de santé ou le préfet peuvent intervenir selon la nature du risque. Une procédure d’insalubrité ou de mise en sécurité dépasse la simple non-décence et peut imposer des mesures plus fortes.
Pour vérifier les responsabilités générales du bailleur, consultez également la fiche officielle de Service-Public.fr consacrée aux obligations du propriétaire. Elle rappelle que les travaux qui ne relèvent pas des réparations locatives restent à sa charge pendant le bail.
Le rôle des communes et des services de proximité

La commune ne tranche pas tous les litiges entre bailleur et locataire. Elle peut toutefois orienter l’occupant, enregistrer un signalement et mobiliser les services compétents. Le CCAS aide parfois les ménages fragiles à réunir les documents ou à contacter les organismes adaptés. France Services facilite aussi certaines démarches numériques.
Dans les secteurs où l’habitat dégradé se concentre, les collectivités peuvent lancer des opérations d’amélioration, accompagner les propriétaires ou lutter contre les marchands de sommeil. Ces actions complètent les recours individuels. Elles permettent surtout de traiter les causes durables : vétusté du parc, précarité énergétique et manque d’entretien.
Le coût du logement pèse déjà fortement sur les budgets. Notre dossier sur les loyers, les charges et l’énergie qui réduisent le pouvoir d’achat montre pourquoi des travaux tardifs aggravent souvent les difficultés des familles.
Conclusion : agir vite, mais respecter chaque étape
Le propriétaire doit corriger les défauts qui compromettent la sécurité, la santé ou l’usage normal du logement. Il doit aussi respecter les seuils énergétiques applicables. En 2026, un logement classé G ne répond plus au critère de décence en métropole.
Le locataire doit documenter le problème, prévenir le bailleur et conserver toutes les preuves. Ensuite, l’ADIL, la CAF, la mairie ou le juge peuvent intervenir selon la gravité du dossier. Une démarche écrite et progressive protège mieux les droits qu’une suspension unilatérale du loyer.
Enfin, le propriétaire a intérêt à agir avant que le conflit ne s’installe. Des travaux ciblés protègent le bâtiment, sécurisent la location et évitent une procédure longue. Ils améliorent aussi les conditions de vie du locataire et réduisent les risques de vacance du logement.
