L’étude publiée le 2 juillet 2026 par l’Insee et la Dares confirme que la période 2019-2024 n’a pas touché les salariés de la même façon. Pour les communes, ce constat invite à revoir l’information sociale, les tarifs locaux, les aides du CCAS et les indicateurs utilisés pour suivre le pouvoir d’achat territoires.
Une étude qui nuance le débat sur le pouvoir d’achat

Le 2 juillet 2026, l’Insee a publié l’édition Emploi, chômage, revenus du travail. Cette publication permet de replacer le débat sur le pouvoir d’achat territoires dans une lecture plus fine que la seule moyenne nationale.
Selon les éléments disponibles, les cadres auraient perdu environ 2 % de pouvoir d’achat entre 2019 et 2024. Les employés et les ouvriers ont été davantage protégés, notamment grâce aux revalorisations automatiques du Smic. Cette différence ne signifie pas que les ménages modestes vivent mieux. Elle montre plutôt que l’inflation n’a pas produit les mêmes effets selon les catégories de revenus.
L’Insee rappelle aussi que le redressement de 2024 n’efface pas les pertes liées à l’épisode inflationniste. Dans son analyse des évolutions du coût du travail et des salaires, l’institut indique qu’en 2024 le pouvoir d’achat des salaires restait inférieur de 1,7 % à son niveau de 2019.
Pourquoi les communes sont concernées
Une commune ne décide pas des salaires privés. Toutefois, elle voit directement les effets de ces évolutions dans les demandes adressées au CCAS, aux services scolaires, aux guichets logement, aux associations et aux élus de proximité.
En pratique, un cadre, un employé, un ouvrier, un retraité ou un parent isolé ne sollicitent pas toujours les mêmes aides. Ils ne subissent pas non plus les mêmes dépenses contraintes. Le logement, l’énergie, la mobilité, la cantine, les activités périscolaires ou les frais bancaires pèsent différemment selon les territoires.
Le sujet rejoint les analyses déjà publiées par Le Bulletin des Communes sur le pouvoir d’achat communal. Les mairies ne peuvent pas compenser seules l’inflation. Cependant, elles peuvent mieux cibler les dispositifs qu’elles maîtrisent.
Le Smic a protégé une partie des salariés, mais pas tous les ménages
Le mécanisme du Smic joue un rôle central. Il prévoit des revalorisations lorsque l’inflation progresse. Ainsi, les salariés proches du salaire minimum bénéficient d’un effet de protection automatique.
À l’inverse, les salaires plus élevés ne suivent pas toujours la même cadence. Les cadres peuvent donc subir une baisse de salaire réel lorsque les augmentations négociées restent inférieures à la hausse des prix. Cette situation explique une partie du recul observé sur la période 2019-2024.
Les données de la Dares sur les salaires de base dans le secteur privé au premier trimestre 2026 montrent également que les salaires doivent être lus avec l’inflation. Sur un an, le salaire mensuel de base a progressé de 1,7 %, soit un rythme comparable à celui des prix à la consommation hors tabac sur la même période.
Pour les communes, cette lecture évite une erreur fréquente. Une hausse nominale des revenus ne suffit pas à améliorer la situation des habitants. Il faut regarder le revenu réel, mais aussi les dépenses pré-engagées.
Les dépenses contraintes changent la lecture locale

Dans certains territoires, la perte de pouvoir d’achat se voit d’abord dans le logement. Dans d’autres, elle apparaît dans le carburant, la garde d’enfants ou l’accès aux soins. C’est pourquoi une moyenne nationale doit toujours être traduite localement.
Une commune rurale peut observer une forte dépendance à la voiture. Une ville moyenne peut voir progresser les demandes d’aide pour la cantine ou les loyers. Dans une commune littorale ou touristique, le prix du logement peut devenir le premier facteur de tension.
Le pouvoir d’achat territoires doit donc être suivi avec plusieurs indicateurs. Le nombre de demandes au CCAS, les impayés de cantine, les demandes d’aide alimentaire, les retards de paiement dans les activités municipales et la fréquentation des permanences sociales donnent des signaux utiles.
Le Bulletin des Communes a déjà traité le rôle des aides locales du CCAS. L’enjeu reste le même : rendre les aides visibles, simples et dignes d’accès.
Ce que les élus doivent vérifier cette semaine
La première vérification concerne les tarifs publics locaux. Cantine, accueil périscolaire, centre de loisirs, école de musique, équipements sportifs et transports municipaux peuvent peser sur les familles.
Les élus doivent regarder si les grilles tarifaires tiennent encore compte des réalités sociales. Un quotient familial ancien peut devenir moins juste. Par ailleurs, un tarif stable peut rester trop élevé pour un foyer dont les autres dépenses ont augmenté.
Ensuite, la commune peut examiner les publics qui renoncent aux services. Un taux d’inscription en baisse dans les activités périscolaires n’est pas toujours un choix culturel. Il peut signaler une contrainte budgétaire.
Méthode pratique pour les services
En pratique, une mairie peut produire un tableau simple en quatre colonnes. La première recense les services payants. La deuxième indique les tarifs. La troisième mesure les impayés ou les renoncements. La quatrième propose une réponse possible.
Cette réponse peut être une information renforcée, une modulation tarifaire, un accompagnement du CCAS ou un partenariat avec une association. Elle peut aussi conduire à ne rien modifier, si les données ne montrent pas de difficulté particulière.
Cependant, l’exercice doit être documenté. Les élus doivent éviter les mesures symboliques coûteuses et peu ciblées. Une petite aide bien orientée peut avoir plus d’effet qu’une baisse générale de tarif bénéficiant aussi aux ménages qui n’en ont pas besoin.
Un enjeu pour les agents territoriaux aussi
La question ne concerne pas seulement les habitants. Les communes sont aussi des employeurs. Elles doivent donc suivre l’évolution du pouvoir d’achat de leurs propres agents, notamment dans les métiers les plus exposés aux tensions de recrutement.
L’Insee indique, dans son espace consacré aux salaires, que les rémunérations varient fortement selon les catégories socioprofessionnelles. Dans la fonction publique, cette question se double d’enjeux d’attractivité et de fidélisation.
Une collectivité peut agir sur plusieurs leviers. Elle peut travailler sur les horaires, la qualité de vie au travail, l’accès au logement, les titres-restaurant lorsque le cadre le permet, ou encore les dispositifs d’action sociale.
À l’inverse, ignorer le sujet peut aggraver les difficultés de recrutement. Les métiers de la petite enfance, du social, de la voirie, de l’animation ou de l’entretien sont déjà sous tension dans de nombreux territoires.
Informer sans créer de confusion

Une étude nationale sur les salaires ne doit pas être transformée en promesse locale. La commune doit donc communiquer avec prudence.
Elle peut expliquer que les pertes de pouvoir d’achat ne touchent pas tous les ménages de la même façon. Elle peut aussi rappeler les aides existantes, les permanences sociales et les démarches utiles. Enfin, elle peut orienter vers les simulateurs nationaux et les services départementaux.
Cette information doit rester courte. Un encadré dans le bulletin municipal, une page sur le site de la ville et une affiche au CCAS peuvent suffire. Toutefois, le message doit être répété, car les ménages fragiles ne lisent pas toujours les supports institutionnels.
Une décision opérationnelle à prendre rapidement
La première décision utile consiste à inscrire le pouvoir d’achat territoires à l’ordre du jour d’une réunion entre élus, CCAS, finances et services à la population.
Cette réunion doit produire trois résultats. D’abord, une liste des tarifs locaux sensibles. Ensuite, un bilan rapide des demandes sociales depuis janvier 2026. Enfin, une action de communication vers les habitants avant la rentrée.
Le débat sur les cadres, les employés et les ouvriers montre que les catégories sociales ne vivent pas l’inflation de la même manière. Pour une commune, la bonne réponse n’est donc pas générale. Elle doit partir des usages locaux, des données disponibles et des habitants réellement concernés.
