Le projet français d’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans aborde une étape déterminante. Après des votes différents à l’Assemblée nationale et au Sénat, le texte doit encore trouver une rédaction commune. Bruxelles conteste aussi certaines modalités nationales de vérification de l’âge. Derrière le débat juridique, l’enjeu reste très concret pour les familles, les établissements scolaires, les communes et les plateformes. Une adoption ne signifierait pas une coupure immédiate de tous les comptes. Elle ouvrirait surtout une période de mise en conformité, avec des questions encore sensibles sur le contrôle de l’âge, les données personnelles et les exceptions.
Un texte adopté, mais pas encore définitivement stabilisé

L’Assemblée nationale a adopté sa version du texte le 26 janvier 2026. Le Sénat a ensuite voté une rédaction différente le 31 mars. Le dossier législatif publié par Vie-publique confirme donc que la procédure n’est pas terminée.
La semaine devient décisive parce que les parlementaires doivent rapprocher deux conceptions. Le gouvernement défend une interdiction claire avant 15 ans. Le Sénat insiste davantage sur un cadre compatible avec le droit européen et sur la responsabilité parentale.
Ce désaccord ne porte pas uniquement sur l’âge. Il concerne aussi les plateformes visées, les services susceptibles d’être exemptés et la méthode de vérification. Une messagerie, un jeu vidéo doté de fonctions sociales ou une plateforme éducative ne présentent pas les mêmes risques.
Pourquoi Bruxelles demande à la France de revoir sa copie
La Commission européenne partage l’objectif de protection des mineurs. En revanche, elle rappelle que les obligations imposées aux très grandes plateformes relèvent largement du règlement européen sur les services numériques.
La France ne peut donc pas créer seule un système qui contredirait le cadre commun. Le point le plus délicat concerne la vérification de l’âge. Elle doit être efficace sans conduire les réseaux sociaux à collecter davantage de pièces d’identité ou de données biométriques.
Vie-publique résume ces difficultés dans sa fiche sur la majorité numérique en six questions. Le principe paraît simple. Sa mise en œuvre technique reste beaucoup plus complexe.
Ce qui pourrait changer pour les familles dès la rentrée

L’objectif politique annoncé vise la rentrée 2026. Toutefois, cette échéance dépend du vote définitif, de la promulgation et des textes d’application. Les familles ne doivent donc pas interpréter cette date comme la fermeture automatique de tous les comptes le premier jour de septembre.
Les nouveaux inscrits pourraient être les premiers concernés. Les comptes existants exigeraient ensuite une vérification progressive. Les parents devraient aussi recevoir des informations plus claires sur les outils de contrôle et les possibilités de recours.
Le Bulletin des Communes a déjà analysé le texte remanié par le Sénat. Cette nouvelle phase montre que le calendrier reste lié à un compromis juridique, et pas seulement à une volonté politique.
Écoles et communes devront accompagner la règle
Une interdiction technique ne remplacera pas l’éducation au numérique. Les collèges, les services jeunesse, les médiathèques et les espaces publics numériques garderont un rôle central. Ils devront expliquer les risques, mais aussi les moyens de conserver une vie sociale sans contourner la loi.
Les communes pourraient renforcer les ateliers destinés aux parents. Elles peuvent également soutenir les professionnels confrontés au cyberharcèlement, aux images violentes ou aux usages nocturnes des écrans.
L’enjeu rejoint notre analyse sur l’encadrement de l’accès des mineurs aux réseaux sociaux. Sans pédagogie locale, la règle risque d’être perçue comme une contrainte facile à contourner.
Ce que les parents peuvent faire sans attendre

Les familles peuvent vérifier l’âge déclaré sur les comptes, activer les outils de supervision et limiter les notifications nocturnes. Elles peuvent aussi discuter des contenus recommandés par les algorithmes, plutôt que surveiller uniquement le temps passé.
En cas de cyberharcèlement, les captures d’écran, les liens et les dates doivent être conservés. Le signalement à la plateforme ne suffit pas toujours. L’établissement scolaire, le 3018 et les forces de l’ordre peuvent être sollicités selon la gravité.
La semaine parlementaire clarifiera peut-être le texte. Elle ne réglera pas seule la question des usages. La protection des moins de 15 ans reposera sur trois piliers : une règle applicable, une technologie respectueuse de la vie privée et un accompagnement de proximité.
