Le taux affiché par une caisse ne suffit pas à connaître le montant final. La pension du défunt, les ressources du conjoint survivant, la durée des mariages, les majorations et les règles propres à chaque régime modifient le résultat. Une réversion annoncée à 54 %, 60 % ou 50 % peut donc aboutir à une somme bien différente. Pour comprendre le versement réel, il faut partir des droits du défunt, appliquer le taux du régime, puis intégrer les réductions, les partages et les éventuelles majorations. Cette méthode permet d’éviter les estimations trop rapides et de mieux préparer son budget après un décès.
Le calcul commence par la pension du défunt

Chaque régime prend comme base la retraite que le défunt percevait ou aurait pu percevoir. Il ne calcule pas la réversion à partir du dernier salaire. Cette distinction compte particulièrement lorsque la personne décédée n’avait pas encore demandé sa retraite ou lorsqu’elle avait cotisé à plusieurs caisses.
Pour le régime général, la caisse retient la pension de base. Pour l’Agirc-Arrco, elle utilise les points de retraite complémentaire acquis par le défunt et la valeur du point. Dans la fonction publique, elle part de la pension de fonctionnaire. Le conjoint survivant peut donc recevoir plusieurs pensions de réversion, chacune calculée séparément.
Le régime général applique 54 %, puis vérifie les ressources
Selon les règles de l’Assurance retraite, la pension de réversion représente 54 % de la retraite de base du défunt. Si cette retraite atteignait 1 200 euros bruts par mois, le calcul initial donnerait 648 euros. La caisse ne verse toutefois pas automatiquement cette somme.
Elle additionne ensuite les ressources retenues du bénéficiaire et le montant théorique de la réversion. Lorsque ce total dépasse le plafond applicable, elle réduit la pension pour revenir au niveau autorisé. Par exemple, si le dépassement atteint 120 euros par mois, la caisse peut retrancher cette somme de la réversion théorique. Le bénéficiaire recevrait alors 528 euros au lieu de 648 euros, sous réserve des autres règles applicables.
La caisse peut aussi appliquer un montant minimum lorsque le défunt justifiait d’une durée d’assurance suffisante. En revanche, elle ne garantit pas ce minimum lorsque les ressources du conjoint survivant imposent une réduction. Par conséquent, le montant final dépend autant de la carrière du défunt que de la situation financière du demandeur.
Pour comprendre cette étape, reportez-vous à notre article sur les revenus pris en compte dans le calcul des ressources et à notre article pilier consacré au plafond de ressources avant 2027.
L’Agirc-Arrco calcule 60 % des droits complémentaires
Pour la retraite complémentaire, l’Agirc-Arrco applique généralement un taux de 60 %. Elle multiplie le nombre de points du défunt par la valeur du point, puis applique le taux de réversion. Ce régime ne réduit pas la pension en fonction des ressources du bénéficiaire.
Prenons une retraite complémentaire annuelle de 8 000 euros. Le calcul initial de la réversion atteint 4 800 euros par an, soit 400 euros par mois avant prélèvements sociaux éventuels. Si plusieurs conjoints ou ex-conjoints peuvent prétendre à la pension, la caisse répartit cette somme selon la durée de chaque mariage.
Le remariage change aussi la situation. L’Agirc-Arrco refuse la pension à une personne remariée et supprime définitivement le droit lorsqu’un bénéficiaire se remarie après l’attribution. Ainsi, une estimation purement mathématique reste insuffisante sans examen de l’état civil.
La fonction publique retient généralement 50 %
Pour un fonctionnaire, Service-Public.fr indique que la pension de réversion correspond en principe à 50 % de la pension de base du défunt. Si celle-ci atteignait 2 000 euros mensuels, le calcul de départ donnerait 1 000 euros.
Les régimes publics peuvent ensuite répartir cette somme entre plusieurs bénéficiaires. Ils peuvent également ajouter la moitié de certaines majorations, notamment lorsque le défunt bénéficiait d’une majoration pour enfants et que le conjoint survivant remplit les conditions correspondantes. À l’inverse, une nouvelle vie en couple peut interrompre le versement selon le régime concerné.
Lorsque les ressources du bénéficiaire restent très faibles, certaines règles peuvent compléter la pension pour atteindre un niveau minimal. Cette protection ne transforme toutefois pas la réversion en revenu uniforme : elle dépend du régime, du nombre de bénéficiaires et des autres ressources.
Les ex-conjoints réduisent parfois la part de chacun

Un défunt marié plusieurs fois peut laisser plusieurs ayants droit. Dans ce cas, les caisses partagent souvent la pension en fonction de la durée de chaque mariage. Le conjoint présent au moment du décès ne reçoit donc pas nécessairement la totalité du taux de 54 %, 60 % ou 50 %.
Supposons que deux mariages aient duré respectivement vingt ans et dix ans. Une caisse qui répartit selon la durée peut attribuer deux tiers de la réversion au premier conjoint et un tiers au second. Le résultat exact dépend néanmoins du régime et de la situation de chaque bénéficiaire, notamment d’un éventuel remariage.
Les prélèvements modifient le montant net reçu
Les caisses annoncent souvent un montant brut. Selon le revenu fiscal de référence du foyer, des prélèvements sociaux peuvent diminuer la somme versée. La CSG, la CRDS et la contribution additionnelle de solidarité pour l’autonomie peuvent s’appliquer à certaines pensions. Le montant crédité sur le compte bancaire peut donc être inférieur au montant figurant dans le calcul brut.
Le conjoint survivant doit aussi vérifier la date d’effet. Une demande déposée tardivement peut limiter le rappel de pension. À l’inverse, une demande rapide et complète facilite l’ouverture du droit à la date prévue par le régime. Le service en ligne commun simplifie la démarche, mais chaque caisse fixe ensuite son propre point de départ.
Comment obtenir une estimation plus fiable ?

Commencez par utiliser le service officiel Demander une retraite de réversion. Réunissez ensuite les notifications de retraite du défunt, les relevés Agirc-Arrco, les justificatifs de mariage et les documents relatifs aux ressources. Demandez à chaque caisse un décompte détaillé plutôt qu’un simple montant global.
Comparez enfin le calcul avec votre situation réelle : revenus professionnels, pensions personnelles, patrimoine productif de revenus, partage entre ex-conjoints et majorations. Cette vérification permet de repérer une ressource comptée à tort, une période oubliée ou une mauvaise durée de mariage.
Pour replacer chaque taux dans son régime, consultez notre article sur les différences entre régime général, Agirc-Arrco et fonction publique. Vous pouvez également lire notre guide consacré aux moyens de réduire le risque de dépasser le plafond de ressources.
Un taux théorique ne remplace jamais le calcul de la caisse
Le montant réellement versé résulte de plusieurs opérations : base de pension, taux du régime, contrôle des ressources, partage entre bénéficiaires, majorations et prélèvements. Une simulation reste utile, mais elle ne remplace pas la notification officielle de chaque caisse.
En pratique, le conjoint survivant doit demander tous ses droits, contrôler chaque décision et signaler rapidement toute erreur. Cette démarche limite le non-recours et sécurise un revenu qui peut représenter une part essentielle de son budget.
