La santé mentale des enfants et des adolescents n’est plus un sujet secondaire. Depuis plusieurs années, les indicateurs de mal-être, d’anxiété, de troubles dépressifs, de passages aux urgences pour gestes suicidaires ou idées suicidaires préoccupent les professionnels de santé, les familles, les enseignants et les collectivités. Le phénomène ne concerne pas seulement les adolescents. Les plus jeunes peuvent aussi présenter des signes de souffrance psychique, parfois difficiles à repérer parce qu’ils ne mettent pas toujours des mots clairs sur ce qu’ils ressentent.
Le ministère de la Santé rappelle que Santé publique France suit depuis 2021 la santé mentale des enfants de 0 à 17 ans et des jeunes adultes de 18 à 24 ans à partir d’indicateurs issus des passages aux urgences et des actes SOS Médecins. Cette surveillance montre que le sujet est devenu un enjeu durable de santé publique, et non une simple inquiétude passagère liée à la crise sanitaire.
Pour les familles, les écoles, les communes et les professionnels de terrain, la difficulté est double. Il faut repérer les signaux faibles sans médicaliser chaque période difficile. Il faut aussi éviter l’inverse : banaliser une souffrance qui s’installe, en se disant que « ça passera avec l’âge ». Entre inquiétude excessive et déni, la bonne attitude consiste à observer les changements, écouter l’enfant, demander conseil et orienter rapidement lorsque les signes durent ou s’aggravent.
La santé mentale d’un enfant ne dépend pas d’un seul facteur. Elle se construit dans un environnement familial, scolaire, social, numérique, économique et médical. Harcèlement, isolement, violences, précarité, troubles du sommeil, anxiété, deuil, séparation, pression scolaire, exposition excessive aux écrans, discrimination, maladie chronique, handicap, troubles neurodéveloppementaux ou difficultés familiales peuvent se combiner. C’est cette accumulation qui expose certains enfants davantage que d’autres.
Une dégradation devenue un enjeu national
Les alertes ne viennent pas d’un seul acteur. Le Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge a publié en 2025 un rapport sur l’aide et le soin aux enfants et adolescents en pédopsychiatrie et santé mentale, dans un contexte d’augmentation préoccupante des troubles mentaux chez les enfants et adolescents. Le rapport insiste sur la nécessité d’améliorer la prise en charge et de renforcer les réponses disponibles.
Le Conseil économique, social et environnemental a lui aussi consacré un avis à la santé mentale et au bien-être des enfants et des jeunes, en rappelant que la santé mentale a été érigée en grande cause nationale en 2025 et que la tendance est à la dégradation dans la tranche des 5-25 ans.
Cette dégradation ne signifie pas que tous les enfants vont mal. Il faut éviter une lecture catastrophiste. Mais elle montre que le mal-être des jeunes est suffisamment fréquent pour devenir une question collective. Les familles ne peuvent pas être laissées seules. Les écoles, les services de santé, les associations, les collectivités et l’État doivent agir ensemble.
L’UNICEF France a d’ailleurs lancé une consultation nationale consacrée à la santé mentale des enfants et adolescents, ouverte du 6 octobre 2025 au 9 mars 2026, pour recueillir la parole des jeunes de 6 à 18 ans, avec une ouverture aux enfants de 3 à 5 ans via un panel d’écoles maternelles. L’enquête explore notamment l’anxiété, le harcèlement, les relations avec les autres, les soutiens identifiés et le lien entre droits de l’enfant et santé mentale.
Le message est clair : comprendre la santé mentale des enfants suppose aussi de leur donner la parole.
Les enfants exposés au harcèlement
Le harcèlement scolaire est l’un des facteurs de risque les plus documentés. Il peut prendre plusieurs formes : moqueries répétées, insultes, violences physiques, exclusion, humiliation, rumeurs, cyberharcèlement, diffusion de photos, pression de groupe, menaces ou chantage.
L’UNICEF France indique qu’un niveau de 11 % d’enfants déclarant être victimes de harcèlement doit être interprété comme un signal d’alerte sociétal, nécessitant des actions soutenues pour améliorer les milieux scolaires, renforcer la détection et l’accompagnement, et promouvoir des relations non violentes entre pairs.
Le harcèlement est dangereux parce qu’il attaque l’estime de soi, l’appartenance au groupe et le sentiment de sécurité. Un enfant harcelé peut finir par croire qu’il mérite ce qui lui arrive. Il peut se taire par honte, peur de représailles ou conviction que les adultes ne l’aideront pas.
Les signaux à surveiller sont souvent indirects : refus d’aller à l’école, maux de ventre ou de tête le matin, changement brutal d’humeur, perte d’appétit, baisse des résultats, sommeil perturbé, isolement, objets abîmés ou perdus, anxiété au moment de consulter son téléphone, arrêt d’une activité aimée, colère inhabituelle ou tristesse persistante.
Face à un soupçon de harcèlement, il ne faut pas demander à l’enfant de « se défendre seul » ni minimiser. Il faut écouter, documenter, alerter l’établissement et demander un accompagnement.
Les enfants isolés ou en rupture sociale
L’isolement est un autre facteur d’exposition. Un enfant peut être entouré physiquement, mais se sentir seul. Il peut ne pas avoir d’amis proches, se sentir exclu, ne pas oser parler, ne pas se reconnaître dans son groupe ou se replier progressivement.
Le repli social fait partie des signaux d’alerte reconnus par les autorités publiques. Info.gouv.fr recommande d’être attentif à tout changement du fonctionnement habituel, notamment le repli social, les changements notables dans les relations avec les proches, les difficultés scolaires ou professionnelles, les troubles du sommeil et de l’alimentation, les conduites à risque, la baisse de l’estime de soi, les peurs, les émotions très négatives et les pensées suicidaires.
Chez l’enfant, le repli peut prendre des formes différentes selon l’âge. Un petit peut devenir silencieux, collant, irritable ou refuser de jouer. Un préadolescent peut rester enfermé dans sa chambre, éviter les repas, abandonner ses amis ou passer tout son temps en ligne. Un adolescent peut couper les échanges, refuser les sorties, perdre intérêt pour ses passions ou dire qu’il ne sert à rien.
L’isolement n’est pas toujours un trouble psychique. Certains enfants sont introvertis, solitaires ou ont besoin de calme. Ce qui doit alerter, c’est le changement : un enfant qui fonctionnait autrement et qui se retire durablement.
Les enfants confrontés à la précarité
La santé mentale est aussi influencée par les conditions de vie. La précarité peut créer un stress constant : logement instable, insécurité alimentaire, tensions familiales liées à l’argent, absence d’espace calme pour travailler, renoncement aux activités, difficulté à accéder aux soins, peur du lendemain.
Les enfants ne comprennent pas toujours les enjeux financiers, mais ils ressentent les tensions. Ils entendent les disputes, voient les privations, perçoivent l’inquiétude des parents. Cette exposition peut favoriser anxiété, troubles du sommeil, irritabilité, difficultés scolaires ou perte de confiance.
Dans une tribune publiée par Le Monde, un collectif de psychiatres rappelait que les enquêtes sur le mal-être des jeunes doivent être interprétées avec rigueur, mais que les résultats plaident pour développer une politique de prévention ciblant les déterminants personnels et psychosociaux, notamment chez les jeunes les plus vulnérables économiquement.
Pour les collectivités, ce point est essentiel. Les CCAS, écoles, associations, centres sociaux et maisons de quartier peuvent jouer un rôle de prévention. Un enfant en difficulté psychique n’a pas toujours besoin uniquement d’un soin médical immédiat. Il peut aussi avoir besoin d’un repas, d’un logement stable, d’un adulte référent, d’une activité gratuite, d’un soutien scolaire ou d’un lieu où parler.
Les enfants exposés aux violences
Les violences familiales, conjugales, sexuelles, physiques ou psychologiques sont des facteurs majeurs de souffrance. Un enfant témoin de violences conjugales n’est pas un simple spectateur. Il est exposé à un environnement d’insécurité qui peut avoir des effets profonds sur son développement.
Les signes peuvent être très variables : anxiété, cauchemars, agressivité, régression, troubles alimentaires, difficultés scolaires, hypervigilance, peur des adultes, somatisation, mutisme, comportement sexualisé inadapté, conduites à risque ou idées noires chez les plus grands.
Un enfant victime ou témoin de violences peut aussi protéger l’adulte violent ou se sentir coupable. Il peut avoir peur de parler parce qu’il craint d’être séparé de sa famille, de ne pas être cru ou d’aggraver la situation.
Les professionnels de l’enfance doivent donc être formés au repérage. Enseignants, animateurs, agents de cantine, éducateurs sportifs, personnels de crèche, médecins, infirmiers scolaires, travailleurs sociaux : tous peuvent voir des signaux. Un seul signe ne suffit pas à conclure, mais une accumulation doit déclencher une vigilance.
Dans les situations de danger immédiat, il faut contacter les services compétents. En cas de doute sérieux, les professionnels peuvent se tourner vers les circuits de protection de l’enfance.
Les enfants avec troubles neurodéveloppementaux ou handicap
Les enfants présentant un trouble du neurodéveloppement, un handicap, des troubles du spectre de l’autisme, un trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité, des troubles dys, une déficience intellectuelle ou une maladie chronique peuvent être plus exposés à la souffrance psychique.
La raison n’est pas le trouble en lui-même uniquement. Elle tient aussi à l’environnement : incompréhension, fatigue, échecs répétés, moqueries, surcharge sensorielle, exclusions, difficulté à accéder aux soins, épuisement familial, manque d’aménagements scolaires.
Un enfant qui vit en permanence des situations d’échec ou d’inadaptation peut développer anxiété, opposition, retrait, troubles du sommeil ou perte d’estime de soi. Le risque est de confondre la souffrance avec un « comportement difficile ». Or un comportement difficile peut parfois être une manière d’exprimer une détresse.
Les établissements scolaires, communes et structures périscolaires doivent être attentifs à l’inclusion réelle. Un enfant peut être administrativement accueilli, mais psychologiquement isolé. L’accessibilité ne se limite pas aux bâtiments. Elle concerne aussi les activités, les rythmes, les consignes, les espaces calmes, la formation des adultes et le regard des autres enfants.
Les adolescentes particulièrement touchées par certains troubles
Les adolescentes apparaissent dans plusieurs alertes comme un public particulièrement exposé aux troubles anxieux, dépressifs, aux idées suicidaires ou aux conduites auto-agressives. Dans un entretien au Monde, la pédopsychiatre Marie Rose Moro alertait en 2025 sur la détérioration de la santé mentale des jeunes, notamment des adolescentes, et soulignait que faire attendre un adolescent qui va mal l’expose à des risques très importants.
Cette exposition peut s’expliquer par plusieurs facteurs : pression scolaire, réseaux sociaux, image du corps, violences sexistes ou sexuelles, harcèlement, charge émotionnelle, anxiété climatique, précarité, difficulté à être entendue, comparaison permanente ou injonctions contradictoires.
Il ne faut pas en conclure que les garçons vont bien. Ils peuvent exprimer la souffrance autrement : agressivité, conduites à risque, usage de substances, décrochage, opposition, isolement, mise en danger, jeux dangereux, refus d’aide. Les troubles intériorisés sont parfois plus visibles chez les filles, tandis que les troubles extériorisés peuvent masquer la souffrance des garçons.
Le repérage doit donc tenir compte des formes différentes d’expression du mal-être.
Les signaux à surveiller au quotidien
Les signaux d’alerte les plus importants sont les changements durables. Un enfant peut traverser une période de tristesse, de colère ou d’anxiété sans que cela signifie nécessairement un trouble. Ce qui doit alerter, c’est la durée, l’intensité, la répétition et l’impact sur la vie quotidienne.
Parmi les signaux à surveiller :
- troubles du sommeil : insomnie, cauchemars, réveils fréquents, fatigue persistante ;
- changements alimentaires : perte d’appétit, compulsions, perte ou prise de poids inquiétante ;
- repli social : isolement, refus de voir les amis, perte d’intérêt ;
- baisse scolaire brutale ou absentéisme ;
- irritabilité, colères inhabituelles, agressivité ;
- tristesse persistante, pleurs fréquents, sentiment d’inutilité ;
- anxiété forte, peurs envahissantes, crises de panique ;
- plaintes physiques répétées sans cause évidente ;
- perte d’intérêt pour les activités aimées ;
- propos dévalorisants : « je suis nul », « je ne sers à rien » ;
- conduites à risque ;
- automutilations ;
- propos suicidaires ou évocation de la mort.
L’Assurance maladie rappelle que certains signes peuvent alerter l’entourage sur une possible souffrance psychique, notamment l’incapacité à faire face aux tâches de la vie quotidienne, comme se rendre à l’école, à l’université, en formation, en stage ou au travail, avec parfois un absentéisme important.
Un propos suicidaire doit toujours être pris au sérieux. Il ne faut pas répondre par la culpabilisation, la moquerie ou la minimisation. Il faut rester présent, écouter, sécuriser et demander de l’aide rapidement.
Ce qu’il ne faut pas faire
La première erreur est de minimiser. Dire « c’est l’âge », « tu exagères », « il y a pire », « secoue-toi » ou « arrête de faire ton intéressant » peut aggraver le sentiment de solitude.
La deuxième erreur est de dramatiser immédiatement. Un enfant peut avoir une période difficile sans être atteint d’un trouble psychiatrique. L’objectif est d’ouvrir un dialogue et d’observer, pas de coller une étiquette.
La troisième erreur est de chercher un coupable unique. Les réseaux sociaux, l’école, les parents, les écrans, la pandémie, les notes ou les amis peuvent contribuer, mais la souffrance psychique est rarement causée par un seul facteur.
La quatrième erreur est de remplacer un professionnel par des conseils trouvés en ligne. Les informations peuvent aider à repérer, mais elles ne posent pas un diagnostic.
La cinquième erreur est d’attendre trop longtemps lorsque les signes sont graves : idées suicidaires, automutilations, refus scolaire massif, isolement total, troubles alimentaires sévères, violences, consommation de substances, rupture complète avec le quotidien.
Quand consulter ?
Il faut consulter lorsque les signes durent, s’aggravent ou perturbent la vie quotidienne de l’enfant. Le premier interlocuteur peut être le médecin traitant, le pédiatre, l’infirmier scolaire, le psychologue scolaire, un centre médico-psychologique, une maison des adolescents pour les plus grands, ou un professionnel de santé mentale.
Le ministère des Solidarités rappelle que si le mal-être perdure, il peut s’agir d’un signe de troubles psychiques plus importants qu’un état passager et que des soins spécifiques peuvent être nécessaires avec le soutien des proches.
En cas d’urgence, de danger immédiat ou de risque suicidaire, il faut appeler les services d’urgence. En France, le 3114 est le numéro national de prévention du suicide, accessible gratuitement 24 h/24 et 7 j/7. Les urgences restent nécessaires en cas de danger immédiat.
Il ne faut pas attendre qu’un enfant « demande clairement de l’aide ». Beaucoup n’en sont pas capables. Certains testent les adultes par des phrases indirectes, des comportements ou des silences. La responsabilité de l’adulte est d’ouvrir une porte.
Le rôle des écoles
L’école est un lieu central de repérage. Les enseignants voient les enfants tous les jours. Ils peuvent constater une chute des résultats, un isolement, des conflits, une fatigue, des absences, des pleurs, une agressivité inhabituelle ou une perte de concentration.
Mais l’école ne peut pas tout porter seule. Les personnels éducatifs ne sont pas tous formés à la santé mentale. Ils doivent disposer de relais : infirmiers scolaires, psychologues de l’Éducation nationale, médecins scolaires, services sociaux, maisons des adolescents, CMP, associations spécialisées.
L’école peut agir sur plusieurs leviers : climat scolaire, lutte contre le harcèlement, éducation aux compétences psychosociales, repérage des élèves isolés, prévention des violences, relation avec les familles, prise en compte du sommeil et du stress scolaire.
La santé mentale ne doit pas être traitée uniquement lorsqu’une crise éclate. Elle doit être intégrée au quotidien éducatif.
Le rôle des communes et collectivités
Les communes et intercommunalités ont un rôle réel, même si elles ne sont pas responsables du soin psychiatrique. Elles agissent sur l’environnement des enfants : écoles, activités périscolaires, restauration, centres de loisirs, sport, culture, médiathèques, espaces jeunes, soutien aux associations, prévention, politique de la ville, action sociale.
Elles peuvent :
- former les agents au repérage des signaux de souffrance ;
- renforcer les liens entre écoles, CCAS, associations et professionnels de santé ;
- soutenir les maisons des adolescents et lieux d’écoute ;
- développer des activités gratuites ou accessibles ;
- lutter contre l’isolement ;
- prévenir le harcèlement dans les temps périscolaires ;
- offrir des espaces de parole pour les parents ;
- intégrer la santé mentale dans les contrats locaux de santé ;
- orienter les familles vers les ressources adaptées.
Le CESE insiste sur la nécessité de coordonner les réponses médicales, sociales et éducatives, afin de sortir des silos. Cette recommandation concerne directement les territoires.
Une commune ne soigne pas une dépression. Mais elle peut créer un environnement qui repère plus tôt, oriente mieux et réduit certains facteurs de risque.
Le rôle des parents et proches
Les parents ne doivent pas être culpabilisés. Beaucoup font ce qu’ils peuvent avec les informations, les moyens et le temps dont ils disposent. Mais ils ont un rôle essentiel : observer, écouter, maintenir le lien, poser des limites, protéger, demander de l’aide.
Un bon premier pas consiste à poser une question simple, sans jugement : « Je te sens différent en ce moment, est-ce que quelque chose te pèse ? » Il faut accepter que l’enfant ne réponde pas tout de suite. L’important est de montrer que la porte reste ouverte.
Il faut aussi éviter les interrogatoires. Un enfant en souffrance peut se refermer s’il se sent accusé. L’écoute doit être calme, régulière et concrète.
Les parents peuvent aussi demander de l’aide pour eux-mêmes. Accompagner un enfant en souffrance est éprouvant. Les professionnels peuvent aider à comprendre, ajuster les réactions et éviter l’épuisement familial.
Ce que les habitants doivent retenir
La santé mentale des enfants et adolescents se dégrade depuis plusieurs années, selon plusieurs institutions publiques et rapports récents. Santé publique France suit régulièrement des indicateurs de santé mentale chez les 0-17 ans et les jeunes adultes à partir des passages aux urgences et actes SOS Médecins.
Les profils les plus exposés sont notamment les enfants harcelés, isolés, confrontés à la précarité, aux violences, au handicap, aux troubles neurodéveloppementaux, aux ruptures familiales ou à des pressions scolaires et sociales fortes.
Les signaux à surveiller sont les changements durables : sommeil, alimentation, humeur, isolement, baisse scolaire, absentéisme, anxiété, perte d’estime de soi, conduites à risque, automutilations ou propos suicidaires.
Il ne faut ni banaliser ni diagnostiquer trop vite. Le bon réflexe est d’écouter, d’observer la durée et l’intensité des signes, puis de demander conseil à un professionnel.
En cas de danger immédiat ou d’idées suicidaires, il faut solliciter une aide urgente. Le 3114 peut être contacté pour la prévention du suicide.
Conclusion : repérer tôt, écouter mieux, orienter vite
La santé mentale des enfants ne peut pas être réduite à une affaire individuelle. Elle dépend de la famille, de l’école, du quartier, des écrans, des relations avec les autres, de la précarité, des violences, de la santé, du sommeil, des activités et de la capacité des adultes à écouter.
Les profils les plus exposés ne doivent pas être stigmatisés. Ils doivent être mieux protégés. Un enfant harcelé, isolé, précaire, violenté ou en situation de handicap n’a pas besoin qu’on le désigne comme fragile. Il a besoin qu’on réduise ce qui le met en difficulté et qu’on lui donne accès à des adultes fiables.
Les signaux à surveiller ne sont pas là pour transformer chaque parent en psychiatre. Ils servent à repérer ce qui change, ce qui dure, ce qui empêche l’enfant de vivre normalement. Quand un enfant ne dort plus, ne mange plus, ne va plus à l’école, se replie, se dévalorise ou parle de mourir, il faut agir.
La bonne réponse repose sur trois gestes : écouter sans juger, ne pas attendre que la situation s’aggrave, orienter vers les bons professionnels. Pour les collectivités, l’enjeu est d’ajouter un quatrième geste : construire des environnements où les enfants peuvent être repérés, soutenus et protégés avant la crise.
