Depuis le 28 mai 2026, une nouvelle possibilité s’ouvre dans la commande publique. Certains acheteurs peuvent réserver des lots à des jeunes entreprises innovantes, dans une limite fixée à 15 % du montant total du marché concerné. Cette mesure vise les achats de travaux, de fournitures ou de services présentant un caractère innovant. Elle ne garantit toutefois aucun contrat aux entreprises éligibles. Pour en bénéficier, celles-ci devront repérer les consultations adaptées, vérifier leur statut et présenter une réponse solide. Pour les collectivités, le dispositif peut élargir l’accès à des solutions nouvelles, tout en maintenant les principes d’égalité de traitement et de bonne utilisation des deniers publics.
Une mesure entrée en vigueur à la fin du mois de mai 2026

La loi du 26 mai 2026 de simplification de la vie économique a créé un nouvel article L. 2113-17 dans le Code de la commande publique. Selon le texte actuellement en vigueur sur Légifrance, des lots représentant jusqu’à 15 % du montant total de certains marchés peuvent être réservés aux jeunes entreprises innovantes.
Le mécanisme concerne uniquement les marchés allotis portant sur des prestations innovantes. La valeur estimée du besoin doit également rester inférieure au seuil européen applicable aux marchés de fournitures et de services des autorités publiques centrales. La règle s’applique aux consultations engagées, ou aux avis envoyés à la publication, depuis le 28 mai 2026.
Cette nouveauté ne transforme donc pas chaque marché public en procédure réservée. L’acheteur conserve une faculté, non une obligation. Il doit aussi justifier le caractère innovant du besoin et respecter le cadre prévu par le Code.
Quelles entreprises peuvent réellement être concernées ?
Le texte vise les jeunes entreprises innovantes au sens fiscal. Une société ne peut pas se contenter de se présenter comme une start-up ou une entreprise technologique. Elle doit remplir les critères applicables au statut de jeune entreprise innovante, notamment en matière d’âge, de taille et d’effort de recherche et développement.
Avant de répondre, le fournisseur doit donc vérifier sa situation avec son expert-comptable ou son conseil fiscal. Une attestation incomplète ou un statut mal établi peut fragiliser la candidature. En pratique, l’entreprise doit préparer les éléments capables de démontrer son éligibilité, sans attendre la publication d’un marché.
Le dossier doit aussi expliquer la solution proposée dans un langage accessible. Une innovation technique reste difficile à évaluer si l’acheteur ne comprend ni son usage, ni son coût, ni les conditions de déploiement. Sur ce point, le blog BDMP rappelle l’importance des références, certifications et délais qui rassurent les acheteurs publics. Même une jeune structure peut présenter des preuves : prototypes testés, qualifications de l’équipe, partenariats, résultats mesurés ou expérimentations privées.
L’innovation doit répondre à un besoin public précis

Une solution nouvelle ne suffit pas. Elle doit répondre à un besoin clairement identifié par l’acheteur. Une commune peut, par exemple, rechercher un outil de détection des fuites d’eau, une solution de pilotage énergétique ou un équipement facilitant l’accessibilité d’un bâtiment public.
Dans chaque cas, l’entreprise doit relier son innovation à un résultat concret : baisse de consommation, réduction du délai d’intervention, amélioration de la sécurité ou simplification d’un service. Les promesses générales sur la transformation numérique ou la transition écologique apportent peu de valeur si elles ne reposent pas sur des indicateurs.
Les entreprises doivent également expliquer les contraintes. Un acheteur public apprécie davantage une solution dont les limites sont clairement posées. Délais de déploiement, besoins de formation, maintenance, hébergement des données et réversibilité doivent apparaître dans la réponse.
Comment repérer les consultations adaptées ?
Le fournisseur doit surveiller les avis de marché, les profils d’acheteurs et les plateformes utilisées par les collectivités. Les expressions “solution innovante”, “expérimentation”, “performance”, “prototype” ou “lot réservé” peuvent aider à identifier les procédures pertinentes.
Cependant, la veille ne doit pas commencer le jour de la publication. Les entreprises gagnent à structurer leur dossier commercial en amont. Le Bulletin des Communes a déjà détaillé pourquoi les entreprises doivent mieux préparer leurs candidatures avant l’appel d’offres. Cette préparation devient encore plus importante lorsque le fournisseur doit démontrer à la fois son statut, sa capacité d’exécution et le caractère innovant de son offre.
Un profil bien renseigné sur BDMP peut également aider l’entreprise à être identifiée lors d’un sourcing. La plateforme ne choisit pas le titulaire et ne remplace pas la procédure. Elle permet néanmoins aux acheteurs de mieux comprendre l’offre disponible avant de lancer leur consultation.
Une opportunité, mais pas un accès automatique aux marchés publics
La réservation d’un lot réduit le nombre d’entreprises susceptibles de candidater, mais elle ne supprime pas la concurrence entre jeunes entreprises innovantes. L’acheteur doit comparer les offres selon les critères annoncés. Le prix, la valeur technique, les délais, la sécurité ou le coût global peuvent rester déterminants.
Par ailleurs, l’entreprise doit être capable d’exécuter le contrat. Une solution prometteuse ne compense pas une organisation insuffisante. Le fournisseur doit présenter ses ressources, ses partenaires, son plan de continuité et les modalités de support.
La nouvelle règle peut donc ouvrir des portes, surtout pour des structures jusque-là éloignées de la commande publique. Elle exige néanmoins une préparation rigoureuse. Les entreprises qui traduisent leur innovation en bénéfices mesurables auront davantage de chances de convaincre les acheteurs.
Ce que les fournisseurs doivent préparer dès maintenant

Vérifier officiellement leur éligibilité au statut de jeune entreprise innovante.
Identifier les produits ou services qui répondent à la définition d’une solution innovante.
Préparer des preuves techniques, financières et opérationnelles faciles à contrôler.
Chiffrer le coût complet, y compris la maintenance et le déploiement.
Mettre en place une veille ciblée sur les consultations et les lots réservés.
Présenter les risques, les limites et les conditions de réussite de la solution.
La réforme ne remplace pas les fondamentaux d’une bonne candidature. Elle crée un canal supplémentaire pour certaines entreprises. Dès lors, la priorité reste la même : comprendre le besoin public, démontrer sa capacité et rendre l’innovation immédiatement lisible.
