Avez-vous de l’or chez vous ?
« Oh, juste quelques bijoux de famille », dirait la plupart des gens. Peut-être une alliance d’une aïeule rangée dans un tiroir, quelques Napoléons 20 Francs hérités d’un grand-parent ou un bracelet que l’on ne porte plus mais que l’on ne se résout pas à vendre.
Pourtant, mis bout à bout, ces petits riens représentent une masse d’or colossale, discrète, et presque impossible à mesurer avec précision. C’est ce qu’a tenté d’évaluer un récent sondage de Francéclat et l’Union française de la bijouterie, joaillerie, orfèvrerie, des pierres et des perles (UFBJOP), non sans difficulté, comme nous allons le voir.

Plus d’or chez les particuliers qu’à la Banque de France, vraiment ?
4 026 tonnes d’or dorment dans les foyers français
En mai 2026, Francéclat et l’Union française de la bijouterie, joaillerie, orfèvrerie, des pierres et des perles (UFBJOP) ont publié ce qu’ils présentent comme la première grande étude nationale sur l’or détenu par les particuliers, réalisée par le cabinet d’audit EY. Le résultat est saisissant : les Français posséderaient collectivement environ 4 026 tonnes d’or.
C’est plus que les réserves officielles de la Banque de France, qui s’élèvent à 2 437 tonnes en 2025, pourtant la quatrième réserve nationale au monde, derrière les États-Unis (8 133 tonnes), l’Allemagne et le FMI.
Pour donner une idée de ce que représente cette valeur, au cours actuel de l’or, le stock privé des Français avoisine 500 milliards d’euros. C’est plus que le budget annuel de l’État français !
Ce chiffre a de quoi surprendre. Puis vient le doute, peut-on vraiment faire confiance à ce chiffre ? Nombreux sont les particuliers qui souhaitent être discrets sur leur possession d’or car c’est un sujet intime qui mêle histoire et transmission.
L’or des Français est aussi difficile à mesurer
L’or, en France, ne se crie pas sur les toits ni ne se raconte à table. C’est intime, un peu comme le salaire ou l’opinion politique : chacun sait que ça existe, peu de gens en parlent ouvertement, et tout le monde s’accorde sur le fait qu’il vaut parfois mieux éviter le sujet.
Jean-François Faure, fondateur d’AuCOFFRE.com, la plateforme française n°1 dans l’achat, la vente et la garde d’or physique, résume cette réalité : « C’est un sujet secret. On n’en
parle pas, par discrétion et surtout par sécurité. Les gens n’ont pas envie de se faire cambrioler. Il est donc difficile de se rendre compte de la quantité d’or réelle que les gens détiennent. »
Cette discrétion n’a rien de frauduleux. Elle est culturelle, profondément ancrée dans l’histoire française. L’or a longtemps été le patrimoine des gens ordinaires, celui que l’on transmettait à ses enfants sans passer par les banques, sans laisser de trace, sans avoir à justifier. Un réflexe de précaution hérité de générations qui ont connu les guerres, les dévaluations et les crises bancaires.
Un patrimoine légal qui échappe à toute comptabilisation fiable
Ce chiffre de 4 026 tonnes, aussi impressionnant soit-il, reste une estimation : l’étude EY repose sur des déclarations volontaires de particuliers. À prendre donc avec des pincettes.
Pour apprécier la progression historique, on peut s’appuyer sur la thèse de recherche de Thi Hong Van Hoang, professeure à la MBS School of Business de Montpellier, citée dans Le Figaro : le stock d’or des Français ne s’élevait qu’à 1 600 tonnes en 1914. Un siècle de crises, de guerres, d’inflations et de méfiance envers les institutions aurait plus que doublé ce chiffre.
Plutôt bijoux hérités ou pièces et lingots d’investissement ?
L’or des Français n’est pas uniforme. L’étude distingue deux réalités très différentes qui coexistent.
81 % de l’or privé se présente sous forme de bijoux. Souvent hérités, rarement portés, presque jamais vendus. Ce sont les alliances de la grand-mère, les boucles d’oreilles en or jaune des années 1970, la chaîne au fond d’une boîte à chaussures. Cet or est affectif, sentimental, et donc souvent immobile.
Si l’on s’intéresse aux profils des propriétaires, 12 % seulement des détenteurs possèdent des pièces ou des lingots. Ils sont minoritaires en nombre, mais massifs en termes de poids
: ce groupe concentre à lui seul 2 392 tonnes sur les 4 026. Cet or appartient à ceux qui ont fait le choix délibéré de l’or comme instrument d’épargne ou de protection patrimoniale.
69 % de l’or privé ne circule pas : attachement sentimental ou méconnaissance des options disponibles ?
L’étude qualifie 69 % du stock total d’inactif : conservé sur le long terme, ni porté, ni cédé, ni même vraiment évalué. Seuls 22 % des détenteurs ont déjà vendu ou donné de l’or au moins une fois dans leur vie.
Pourquoi cette immobilité ? Plusieurs raisons se cumulent. Près de la moitié des sondés (48
%) évoquent l’attachement sentimental : se séparer du bracelet de sa mère ou du Napoléon offert lors d’un mariage, ce n’est pas une décision purement financière.
À cela s’ajoutent la peur de l’arnaque lors d’une vente, la méfiance envers les prix proposés
par les revendeurs, et surtout une méconnaissance quasi généralisée de la fiscalité applicable.
Or cette méconnaissance a un coût réel. Beaucoup de détenteurs ignorent qu’il est possible de valoriser ou de céder leur or dans un cadre simple, transparent et fiscalement encadré. Des plateformes spécialisées permettent aujourd’hui de le faire en quelques clics, avec un accompagnement sur les obligations déclaratives.
Cours de l’or : ces vieux bijoux qui valent désormais une fortune

Il y a un élément de contexte que l’on ne peut pas ignorer : le cours de l’or a connu en 2025-2026 une progression sans précédent dans l’histoire récente.
Sur l’ensemble de l’année 2025, le métal jaune a progressé de 38 % en euros. En octobre 2025, le kilogramme d’or a dépassé 120 000 euros pour la première fois de son histoire. Le 26 janvier 2026, l’once a atteint 5 102 dollars, établissant un nouveau record absolu.
Ce contexte change concrètement la donne pour les millions de Français qui détiennent de l’or sans vraiment y penser. Ces bijoux « sans valeur » rangés dans un tiroir représentent aujourd’hui des sommes que beaucoup seraient surpris d’apprendre. Un Napoléon en or, cette petite pièce de 20 francs transmise de génération en génération, vaut aujourd’hui plusieurs centaines d’euros. Comme le remarquait récemment Jean-François Faure dans le podcast Legend Business, la valeur d’une chaîne en or 18 carats de 20 grammes en surprendrait plus d’un !
L’or privé agit comme un thermomètre de confiance dans les institutions
Au-delà de la valeur, les chiffres racontent quelque chose de plus profond sur la société française.
Chaque Napoléon rangé dans un tiroir est, à sa façon, un vote silencieux pour l’autonomie patrimoniale. Une manière de dire : « Quelle que soit la tempête, j’ai quelque chose qui ne dépend pas d’une banque, d’un État, d’un marché. » Ce réflexe n’est pas irrationnel, mais une traduction concrète d’une méfiance structurelle envers les systèmes financiers, renforcée à chaque crise : 2008, la crise des dettes souveraines, la pandémie, et aujourd’hui un contexte géopolitique et monétaire qui réactive partout dans le monde l’attrait pour les actifs tangibles.
Jean-François Faure l’observe directement dans les comportements de ses clients : « Au début des années 2000, il y avait assez peu d’intérêt pour l’or. Mais à partir de la crise économique et financière de 2008, les gens l’ont redécouvert. » Ce regain touche aujourd’hui bien au-delà des particuliers : mutuelles, entreprises, institutionnels se tournent eux aussi vers le métal précieux.
Pour un décideur public, ce phénomène mérite attention. L’or caché des Français n’est pas une anomalie fiscale ni un archaïsme : c’est un indicateur du niveau de confiance que les citoyens accordent aux systèmes qui sont censés protéger leur épargne. Comprendre ce réflexe, c’est comprendre une part de la relation que les particuliers entretiennent avec les institutions, qu’elles soient financières ou publiques.
L’or, dernier patrimoine que personne ne peut vraiment compter
Alors, les Français détiennent-ils vraiment plus d’or que la Banque de France ? Probablement oui. Mais « probablement » est le mot juste, et c’est en soi une leçon.
L’or reste l’un des derniers patrimoines que personne ne peut vraiment inventorier, par attachement à quelque chose que l’on a reçu et que l’on veut transmettre, loin des cases à cocher et des formulaires à remplir.
Ce silence, en creux, dit peut-être ce qu’aucun sondage sur la confiance ne réussit vraiment à capter.
Comprendre la fiscalité de l’or en France
La fiscalité de l’or en France est souvent mal connue, alors qu’elle est relativement simple une fois qu’on en comprend les grandes lignes.
À l’achat, l’or d’investissement (lingots d’une pureté minimale de 995‰ et pièces frappées après 1800) est exonéré de TVA. Les bijoux, en revanche, sont soumis à une TVA de 20 %.
À la vente de pièces et lingots, deux régimes coexistent au choix du vendeur. La taxe forfaitaire s’élève à 11,5 % du montant total de la vente, dès le premier euro. L’option plus-values soumet la plus-value réalisée à un taux de 37,6 % (taux en vigueur au 1er
janvier 2026, suite à la hausse de la CSG), mais avec un abattement de 5 % par an à partir de la troisième année de détention. Résultat : après 22 ans, l’exonération est totale.
Pour les bijoux et les jetons, aucune taxe n’est due si la vente est inférieure à 5 000 euros. Au-delà, les régimes précédemment évoqués s’appliquent.
Un point souvent ignoré : pour bénéficier de l’abattement lié à la durée de détention, il faut pouvoir justifier la date d’acquisition par un document écrit (facture, acte notarié, déclaration de succession). Les objets hérités sans document posent donc un problème pratique réel. Tout document daté est à conserver précieusement.
Ces informations sont données à titre indicatif et pédagogique. Pour toute décision patrimoniale ou fiscale, il est recommandé de consulter un conseiller spécialisé. L’or physique ne produit ni intérêts, ni dividendes, ni rendement garanti.
