Le Haut-Commissariat à la stratégie et au plan propose de fusionner Paris, les trois départements de petite couronne et la Métropole du Grand Paris dans une nouvelle entité appelée « Ville du Grand Paris ». Le projet, présenté comme une réponse au millefeuille administratif francilien, provoque déjà de fortes réactions chez les élus locaux.

Une réforme institutionnelle majeure

La proposition vise à regrouper Paris, les Hauts-de-Seine, la Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne dans une seule collectivité d’environ 7 millions d’habitants. Elle serait découpée en 40 districts d’environ 170 000 habitants. L’objectif affiché est de mieux faire correspondre les institutions à la réalité du bassin de vie : les habitants travaillent, se déplacent, étudient et consomment souvent au-delà des limites communales actuelles. Pour ses défenseurs, le périphérique ne peut plus être une frontière administrative aussi forte.

Logement, mobilités, impôts : les vrais sujets

Derrière la réforme institutionnelle, les enjeux sont très concrets. Le logement, la voirie, l’action sociale, l’aménagement urbain, les collèges ou certains services de proximité pourraient être concernés par une réorganisation des compétences. Les partisans du projet estiment qu’une gouvernance unifiée permettrait de mieux lutter contre les inégalités territoriales, de construire davantage de logements et de coordonner les politiques publiques. Mais les opposants redoutent une perte de proximité démocratique et une dilution de l’identité des communes.

Les maires craignent d’être marginalisés

Les communes de petite couronne disposent d’histoires politiques, sociales et urbaines très différentes. À Saint-Denis, Boulogne-Billancourt, Créteil, Nanterre, Montreuil ou Vitry-sur-Seine, les priorités ne sont pas les mêmes. Beaucoup d’élus craignent qu’une grande structure métropolitaine éloigne les décisions des habitants. Le mot « district » rassure peu ceux qui redoutent une forme de recentralisation autour de Paris. Dans un pays attaché à la commune, supprimer ou affaiblir l’échelon municipal reste politiquement explosif.

Un débat appelé à durer

À ce stade, le projet est une proposition destinée à ouvrir un débat national. Il ne s’agit pas encore d’une réforme votée. Mais le calendrier politique lui donne du poids : à moins d’un an de la présidentielle, la question de l’organisation territoriale de la région capitale peut devenir un thème de campagne. Pour un média consacré aux communes, c’est un dossier central. Il pose une question simple : faut-il simplifier à tout prix, ou préserver la proximité quitte à conserver une organisation plus complexe ?