Supprimer les vols intérieurs au profit des voyages en train est une idée écologiste à l'étude.

Vols intérieurs : une suppression dont les avantages posent question

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Vols intérieurs : quelles émissions de CO2 provoquent-ils ?

 

Actuellement, remplacer une grande partie des vols intérieurs français par des voyages en TGV, d’une duré moyenne inférieure à quatre heures, est une idée qui séduit. Cependant, serait-elle vraiment si efficace ?

 

L’avion contre le train

Dans les 149 propositions de la Convention Citoyenne pour le Climat, qu’Emmanuel Macron a majoritairement validées, on trouve la suppression de nombreux vols intérieurs sur notre territoire. Au profit de trajets en train, supposés moins polluants. Dans le secteur des transports, cette mesure pourrait réduire de 4 % nos émissions de gaz à effet de serre. Pour étayer ce choix, la Convention a utilisé les recherches de l’Agence De l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie. Ainsi, l’idée de futures suppressions fait son chemin. D’ailleurs, Jean-Baptiste Djebbari, secrétaire d’Etat aux Transports, semble l’approuver. Dernièrement, il a déclaré « Nous allons demander à Air France de retirer des lignes […] quand il existe une alternative ferroviaire à moins de deux heures et demie. » Ensuite, cette option devrait s’étendre à toutes les compagnies aériennes.

Vols intérieurs : une grave agression environnementale ?

Aujourd’hui, la honte de prendre l’avion, largement popularisée par Greta Thunberg, s’étend. Notamment dans les pays scandinaves. Ainsi, en Suède, les vols intérieurs ont régressé de près de 9 %. Désormais, certains voyageurs préfèrent prendre le train. Avec une certaine fierté. Certes, cette évolution des comportements va dans le sens des Accords de Paris. Dont l’objectif est de réduire de 75 % nos émissions de CO2 d’ici 2050. Un objectif ambitieux, pour lequel nous sommes actuellement à la traîne. Mais la France s’apprête-t-elle à faire le bon choix ? Car les vols intérieurs français représentent au maximum 4 % des émissions de gaz à effet de serre de tous nos transports. Ces derniers étant environ responsables d’un tiers de notre production de CO2.

En fait, supprimer 4 % de ce tiers est-il si utile ? Cette question mérite réflexion. En attendant, factuellement, il est vrai qu’un vol Paris-Marseille produit 45 fois plus de carbone qu’un voyage identique fait en train. De plus, ce constat pose la question de l’utilité de certains trajets actuels. En effet, grâce aux visioconférences, on pourrait contester la nécessité de certains déplacements professionnels.

Une pollution à bien évaluer

L'idée de supprimer des vols intérieurs est une option écologique actuellement à l'étude.

L’idée de supprimer des vols intérieurs est une option écologique actuellement à l’étude.

A l’évidence, décarboner le plus possible notre économie est une nécessité. Car cet effort conditionnera notre avenir. Cependant, auparavant, il faudra bien évaluer les avantages qu’engendreront nos choix. Ainsi, un récent rapport du Sénat a démontré qu’en 2030 l’usage d’Internet représentera environ 7 % des émissions globales de CO2. Alors qu’au niveau mondial, les voyages en avion ne représentent pour le moment que 3 % de ces émissions. Par conséquent, pour faire un choix éclairé entre transport ferroviaire et vols intérieurs, Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique, a demandé un bilan carbone précis. Sur les nuisances respectives de ces deux façons de voyager.

En effet, donner l’avantage au ferroviaire sans réflexion préalable serait une erreur. De fait, il faut rappeler que l’électricité nécessaire aux TGV provient en grande partie de la production nucléaire. Or, si cette production est bien décarbonée, elle produit aussi de nombreux déchets dangereux. De plus, le trafic ferroviaire utilise également la production des centrales thermiques à charbon. Egalement très polluantes. Donc, toutes les émissions de CO2, directes ou indirectes, doivent se calculer. Sans a priori.

Une stratégie à valider

Au niveau économique, une diminution radicale des vols intérieurs français aura des conséquences profondes. Pour une filière déjà très durement fragilisée par la crise sanitaire. Par ailleurs, il ne faut pas oublier les récents efforts du trafic aérien pour devenir plus vertueux, en terme de pollution. Ainsi, entre 2000 et 2018, les avions ont réussi à faire baisser de 25 % leur production de CO2 par passager. Cela, grâce à des avions moins lourds, équipés de meilleurs moteurs. De toute façon, avant de limiter les vols intérieurs sur notre territoire, les autorités européennes devront d’abord donner leur accord. Ainsi, la France devra auparavant démontrer que ces vols représentent bien une nuisance écologique. Or, après analyse, les bénéfices réels de cette stratégie verte pourraient décevoir.