La pétition contre Amazon, pour ne pas l'utiliser pendant Noël, ignore les contraintes de beaucoup de citoyens

Pétition contre Amazon : un boycott qui s’adresse à qui ?

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Pétition contre Amazon : un bashing qui se discute

 

Hier, une pétition contre Amazon, signée par des célébrités du monde culturel et des élus verts, est apparue dans les médias. A nouveau, elle encourageait les consommateurs à ne pas acheter leurs cadeaux de Noël sur la célèbre plateforme.

 

Une pétition clivante

La pétition contre Amazon semble vertueuse, mais elle ne tient pas compte des contraintes matérielles de nombreux citoyens.

La pétition contre Amazon semble vertueuse, mais elle ne tient pas compte des contraintes matérielles de nombreux citoyens.

Alors que la période de Noël se rapproche, cette pétition contre Amazon est la deuxième qui s’oppose aux achats faits sur ce site. En effet, la veille, des responsables politiques et syndicaux avaient eux aussi réclamé une taxe exceptionnelle sur les ventes d’Amazon. Tout comme certains éditeurs et libraires. Actuellement en grande détresse. A cause de la fermeture de leurs boutiques. Avec le slogan #NoëlSans Amazon, cet appel est censé apaiser le désespoir actuel des commerçants indépendants. Contraints de ne pas travailler pour cause de Covid. Cependant, cette mobilisation semble ignorer les très nombreux citoyens qui n’auront pas d’autres solutions. Cela, dans peu de temps. Et qui commanderont forcément en ligne. Attirés par l’offre énorme que propose cette plateforme. Ou encore, par crainte de s’aventurer dans des magasins bondés, donc contaminants, si les règles sanitaires s’assouplissaient.

Quel commerce équitable ?

Aujourd’hui, cette pétition contre Amazon compte rallier 200.000 signatures. Avec l’espoir d’obtenir en France un encadrement législatif plus équitable. Notamment, en matière de concurrence commerciale. A terme, afin de mieux protéger les petits commerçants. Qui ont l’avantage d’offrir des services de proximité et du lien social. Alors que les géants du numérique ne fournissent qu’un service de livraisons. Néanmoins, cette pétition, en apparence vertueuse, s’élève peu contre l’habileté fiscale des GAFAM. Qui leur permet d’esquiver, depuis des années, les demandes de régularisation répétées de Bercy. Or, ce combat, encore plus juste, reste beaucoup plus difficile à gagner qu’un boycott d’Amazon. Y compris pendant le confinement. Même si la fortune croissante de Jeff Bezos, engrangée pendant la crise sanitaire, continue de poser question. En agaçant beaucoup de monde.

Un boycott ambigu

Malgré la réussite d’Amazon, certes critiquable, il faut rappeler que son activité n’a pas eu que des effets négatifs sur notre territoire. Notamment, en permettant à certains petits artisans français de vendre leur production. D’ailleurs, à ce sujet, la direction d’Amazon France, consciente du bashing qu’elle subit, a rappelé qu’en dix ans le groupe américain avait créé 9.300 emplois sur notre territoire. Plus des dizaines de milliers d’autres emplois induits. Or, obtenir le ratio exact entre les emplois ainsi créés et ceux détruits demeure très difficile à établir. Les consommateurs doivent aussi en tenir compte. De fait, si les restrictions qui asphyxient actuellement les petits commerçants perduraient pendant Noël, la pétition anti-Amazon aura peu de chance d’être suivie. Au final, ce seront les consommateurs qui trancheront vraiment. En décidant d’adhérer à ce boycott. Ou pas.

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Journaliste spécialiste des Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication. Collaborateur permanent du Bulletin des Communes et chef de rubrique.