Les Vélib' détournés, pour livrer des repas, est une pratique courante.

Vélib’ détournés : un usage répandu chez les livreurs précaires

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Vélib’ détournés : une pratique courante

 

Actuellement, le service Vélib’ Métropole observe une nouvelle pratique chez les livreurs, aux heures de pointe. En effet, cet opérateur de partage de vélos constate que des Vélib’ détournés servent à faire des livraisons. Cela prive les usagers habituels de deux-roues.

 

Un usage commercial illégal

La direction de Smovengo, le groupe qui exploite les Vélib’ détournés, a décidé de sévir. En durcissant ses conditions d’utilisation. De fait, un comportement inadapté de certains livreurs serait en train d’augmenter. Cela, toutes sociétés de livraisons confondues. Ainsi, UberEats, Deliveroo ou Frichti seraient concernées. Actuellement, entre 18 et 20 heures, Smovengo estime que près de 15 % des trajets utilisent des Vélib’ pour livrer des repas. Or, à l’origine, le Vélib’ est un service public. Basé sur « […] le partage des vélos et sur des locations de courte durée à des fins strictement personnelles. » Par conséquent, pas un usage commercial. Pour se défendre, Smovengo a donc décidé de contrer les « livreurs de bouche ».

En tous cas, ceux qui utilisent ses vélos de manière abusive. Car cette pratique dégrade en partie la qualité de son offre. Ainsi, désormais, après avoir rendu un Vélib’, il faudra attendre de trois à cinq minutes avant de pouvoir en reprendre un. De plus, comme la première demi-heure d’utilisation est offerte, de nombreux usagers rendent leur vélo avant cette limite. Ensuite, ils reprennent un autre Vélib’. Cela, pour rouler gratuitement.

Une pratique surestimée ?

La pratique des Vélib' détournés pour livrer des repas irrite le groupe qui loue ces vélos.

La pratique des Vélib’ détournés pour livrer des repas irrite le groupe qui loue ces vélos.

Le CLAP, le Collectif de Livreurs Autonomes de Paris, défend ses membres. En expliquant que les livreurs ne sont pas les seuls à pratiquer le changement de Vélib’ pour ne rien payer. De plus, ce Collectif justifie cette pratique des Vélib’ détournés par le fait que les livreurs qui l’utilisent sont dans des situations « très précaires ». De fait, ce sont souvent des sans-papiers, sous-payés. Or, pour eux, acheter un vélo est inenvisageable. Comparativement, l’abonnement mensuel d’un Vélib’, à 8,30 €, ou la gratuité pour une course de moins de 30 minutes, est beaucoup plus accessible. Sans compter qu’ainsi, ils évitent les risques de vols et les frais d’entretien de leur outil de travail. Par ailleurs, Smovengo appréciait que l’on utilise ses vélos pendant le confinement. Pour des livraison de repas. Enfin, cet usage des Vélib’ détourné concernerait au maximum 300 livreurs dans la Capitale. Une quantité négligeable.

Des aides parfois inaccessibles

Sur le terrain, le conflit entre le groupe Smovengo et les livreurs précaires risque fort de durer. Car le temps d’attente imposé entre l’utilisation de deux vélos ne changera pas grand chose. Ainsi, les Vélib’ détournés ne sont pas près de disparaître. De fait, pour les livreurs vraiment désargentés, acquérir un vélo reste une entreprise infranchissable. Même en allant sur le marché de l’occasion. Car celui-ci propose généralement des vélos trop fragiles. Quant à la location, si l’on vise une rentabilité supérieure grâce à un vélo électrique, cela revient à environ 200 € par mois. Y compris avec le tarif préférentiel, accessible par Deliveroo. Comparé aux 9 euros du Vélib’, le choix est vite fait. Et la subvention d’achat de la Mairie de Paris se révèle également inutilisable. Dans de nombreux cas.