Retourner au 90 km/heure n'est pas forcément une possibilité bien perçue par tous les maires.

Retourner au 90 km/heure : une législation qui inquiète parfois

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Retourner au 90 km/heure : une victoire relative

Le 26 décembre dernier, la publication au Journal officiel de la loi sur les mobilités a autorisé les départements à retourner au 90 km/heure. Ainsi, cette nouvelle limitation de vitesse est à nouveau permise sur certaines routes. Mais cette marche arrière engendre finalement des risques. A la fois politiques et sécuritaires, ils dissuadent certains maires d’appliquer cette nouvelle loi.

Un succès en demi-teinte

Après avoir été réclamé pendant des mois, retourner au 90 km/heure est désormais un stress dans certains départements. En effet, cette possibilité pose désormais un problème de taille à de nombreux élus. Celui d’être jugés comme responsables en cas d’éventuels accidents graves. Chronologiquement, retourner au 90 km/heure est le résultat d’un bras de fer de plus d’un an entre les départements et l’Etat. De fait, ce sont les départements qui ont gagné. Pour preuve, la Loi d’Orientation des Mobilités vient d’être promulguée, fin décembre. Ainsi, elle permet à nouveau de rouler à 90 km/heure sur certaines portions de routes secondaires à double sens, sans séparateur central. Une décision inverse de celle choisie depuis le 1er juillet 2018. Celle-ci avait abaissé la vitesse autorisée à 80 km/heure. Une contrainte qui avait alors soulevée un fort mécontentement chez beaucoup d’automobilistes, de motards, mais aussi d’élus.

Des maires dans l‘expectative

Pour l’instant, cette volte-face de la loi est prise avec des pincettes par de nombreux maires. Ainsi, seuls le Cantal et la Corrèze ont déclaré qu’ils allaient vite retourner au 90 km/heure. Cependant, une quarantaine d’élus, représentant chacun l’exécutif local, reste méfiante à l’égard de cette nouvelle législation. Y compris ceux qui jadis défendaient farouchement le 90 km/heure. En fait, ces élus attendent de voir ce que ce changement peut apporter sur le terrain.

Des doutes qui perdurent

Retourner au 90 km/heure est parfois jugé anxiogène par certains élus.

Retourner au 90 km/heure est parfois jugé anxiogène par certains élus, qui préfèrent attendre.

Pour certains élus, retourner au 90 km/heure est clairement interprété comme une pure manœuvre politique, destinée à apaiser les tensions sociales actuelles. De plus, un rapport publié en juin dernier par le Comité d’experts du Conseil National de Sécurité Routière a recommandé de ne pas repasser à 90 km/heure sur certains tronçons de moins de dix kilomètres en milieu rural. En effet, cela serait dangereux sur des portions qui comportent des intersections, ou qui sont fréquentées par des engins agricoles. Ces conseils ont encore renforcé les inquiétudes sur le fait de retourner au 90 km/heure.

L’éternel souci du coût

Permettre à nouveau de retourner au 90 km/heure sur des routes secondaires va forcément engendrer des changements de panneaux routiers. Or, cette dépense obligatoire pourrait subir des fluctuations importantes. Cela, en fonction de la future législation qui sera appliquée. En effet, si celle-ci ne prévoit que d’indiquer la vitesse autorisée au début et à la fin de chaque tronçon, cela ne reviendra pas cher. A l’inverse, s’il faut indiquer la nouvelle vitesse permise à chaque carrefour, le budget sera alors beaucoup plus élevé. A ce jour, ce risque potentiel est tel qu’une vingtaine de départements ont préféré rester au 80 km/heure. Parmi eux, on trouve, entre autres, les Ardennes, les Bouches-du-Rhône, la Corse, le Gard, la Gironde, l’Ille-et-Vilaine, la Loire-Atlantique et le Morbihan. Quant aux routes nationales gérées par l’Etat, elles resteront également limitées au 80 km/heure.