François Hollande entame ce mercredi une visite d’Etat de deux jours en Suisse. Les conflits fiscaux sont résolus, mais les menaces sur la libre circulation subsistent.

Arnaud Montebourg a quitté le gouvernement, et, avec lui, s’en sont allés les discours contre « la Suisse prédatrice de la finance ». François Hollande ne se rend donc pas dans la Confédération les 15 et 16 avril

dans le climat glaciaire qui régnait sur les relations bilatérales au début de son quinquennat, mais pour célébrer la nouvelle entente. « La page des conflits fiscaux est définitivement tournée, l’heure est à l’apaisement », dit-on dans l’entourage du président. « Cette visite est l’occasion d’aller de l’avant et de trouver des énergies communes », confirme-t-on côté suisse.

Pour aller plus loin :

– La visite de Hollande en suisse débloque le contentieux sur l’aéroport Bâle-Mulouze

– Les initiatives populaires accusées d’affaiblir l’économie helvétique

– La Suisse veut réintroduire des quotas pour les travailleurs européens

La paix fiscale ne s’est pas faite par enchantement. La France et d’autres, Etats-Unis en tête, ont dû batailler ferme dans toutes les instances – OCDE, Union européenne – pour obliger la Confédération à abandonner son sacro-saint secret bancaire. La Suisse s’est engagée à reprendre le standard OCDE d’échange automatique d’informations entre autorités fiscales. Les banques suisses ont, parfois brutalement, poussé leurs clients français à régulariser leur situation, tandis que les procédures d’entraide administrative se sont améliorées. Quand bien même les Suisses bloquent encore certaines demandes françaises au motif qu’elles ne seraient pas aussi précises que les critères l’exigent, ce qui s’apparenterait à du « fishing », sorte de ratissage à la recherche du fraudeur.

En 2014, Bercy aura ainsi récupéré plus de 2 milliards d’euros de ces régularisations, auxquels s’ajoutent quelque 500 millions au titre de la fiscalité de l’épargne. De quoi donner le sourire à François Hollande, à l’heure de prendre l’avion pour Berne, renouant ainsi avec une tradition de visite au voisin suisse, seulement mise à mal par Nicolas Sarkozy.

D’autant qu’un autre dossier avance, et dans le sens voulu à Paris : la renégociation du statut fiscal de l’aéroport binational de Bâle-Mulhouse. Selon des fuites dans la presse, la société de l’EuroAirport serait imposée selon le droit français mais l’Etat suisse se verrait restituer sa part d’impôts sur le bénéfice. Les compagnies de statut suisse paieraient 2 francs suisses à la France au titre de taxe sur le trafic aérien.

Avenir des relations

Mercredi, François Hollande sera reçu par le Conseil fédéral, le gouvernement suisse. Le soir, il rencontrera la communauté française de 160.000 âmes, «  la plus importante du monde », relève-t-on côté suisse. Jeudi sera consacré à l’économie, avec la visite de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne et de son incubateur de jeunes entreprises. Des partenariats pourraient être annoncés à cette occasion. « L’accent sera mis sur l’innovation, la recherche, l’investissement et la formation professionnelle », explique-t-on de source diplomatique.

Avec 30 milliards d’euros d’échanges de marchandises par an, la France est l’un des premiers partenaires d’une Suisse très ouverte à l’export. Ce qui explique la leçon d’économie donnée mardi par le ministre suisse des Affaires étrangères, Didier Burkhalter, sur RTS Radio : « J’aimerais que la France soit plus ouverte à une vision libérale de l’économie, qui crée des emplois plutôt que de les empêcher. J’aimerais que la France se libère, en quelque sorte, en matière de dynamisme économique. »

Reste qu’une zone d’ombre planera sur les rencontres politiques : l’avenir des relations entre la Suisse et l’Union européenne, fortement mises à mal par les restrictions à la libre circulation acceptées par référendum le 9 Février 2014. Obligé de respecter la volonté populaire, le Conseil fédéral veut réintroduire des quotas pour tous les étrangers européens, y compris les nombreux frontaliers français. «  Inadmissible », répond-on tant à Paris qu’à Bruxelles. La réconciliation franco-suisse reste fragile.